Le carnaval ne s’arrête pas aux parades. Ce vendredi 27 février, à l’EnCre à Cayenne, la compagnie Théâtre Topeng propose Touloulou, dialogue de masques, une création singulière coproduite avec le Théâtre de Macouria. Une adaptation libre d’une nouvelle de Marie-George Thébia qui explore l’envers du décor, loin des clichés festifs.

Du masque à la révélation

Dans Bois d’ébène et autres nouvelles, paru en 2011, l’autrice imaginait Séraphine, une femme dont l’existence semble suspendue à l’attente du carnaval. Un touloulou inattendu, traversé par le doute et la solitude. “Je voulais sortir des sentiers battus”, explique Marie-George Thébia, qui évoque ces femmes derrière le masque, porteuses de douleurs et de désespoir. Sur scène, cette figure intime prend aujourd’hui corps.

La chorégraphe Gladys Damba incarne Séraphine, accompagnée de Philippe Plantier et de Joanna Belloni, qui signe la mise en scène. Passionnée par l’univers des masques, cette dernière a découvert la nouvelle lors d’un travail en Guyane autour du carnaval. L’idée d’une transposition théâtrale s’est imposée, avec un geste chorégraphié fort, soutenu par une équipe artistique engagée, de la scénographie aux costumes.

Face aux premières répétitions, l’émotion était palpable pour l’autrice. Voir son personnage “de chair et de sang” évoluer sur scène relève du rêve d’écrivain. Dans la scène Symbiose de satin, Séraphine apparaît fragile, presque effacée, avant de se métamorphoser en touloulou, puissante et insaisissable, telle un papillon sortant de son cocon.

Au-delà du spectacle, la pièce s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’identité et la portée universelle du touloulou. Elle accompagne aussi les démarches de valorisation du carnaval guyanais, notamment en vue de son inscription au patrimoine immatériel de l’Unesco. Une invitation à changer de regard, à dépasser l’image festive pour révéler la profondeur d’un symbole culturel majeur de la Guyane française.

Privacy Preference Center