Dans les quartiers de Colombie et de la Charbonnière, à Saint-Laurent-du-Maroni, une campagne de dépistage gratuit de la drépanocytose révèle l’ampleur d’une maladie génétique encore trop ignorée. Sur un territoire confronté à de fortes fragilités sanitaires, cette action de terrain souligne la nécessité d’un État pleinement mobilisé et d’une politique de prévention ferme et structurée.
Installés au cœur des quartiers, bénévoles associatifs et professionnels de santé accueillent les habitants sans rendez-vous. En quelques minutes, grâce à un test simple, chacun peut savoir s’il est porteur du trait drépanocytaire. Pour beaucoup, c’est une première prise de conscience. En Guyane, la drépanocytose constitue pourtant la maladie génétique la plus répandue, avec une prévalence particulièrement élevée dans l’Ouest du territoire.
Les chiffres sont sans appel. Environ 10 % de la population guyanaise est porteuse du trait, un taux qui grimpe à plus de 12 % à Saint-Laurent-du-Maroni et dépasse parfois 14 % dans certains quartiers. Cette réalité sanitaire, longtemps sous-estimée, pèse lourdement sur les familles et met en évidence les limites d’un système de prévention encore insuffisant.
Une action de proximité face à des carences structurelles
Portée par l’association Drépa Guyane, l’opération repose sur une logique claire : aller vers les habitants, informer sans détour et orienter immédiatement vers un parcours de soins. Cette méthode pragmatique répond aux réalités locales, marquées par l’éloignement géographique, la précarité sociale et une population en partie issue de l’immigration régionale, souvent peu ou pas suivie médicalement.
Le dépistage permet non seulement d’identifier les personnes atteintes ou porteuses, mais aussi de prévenir les risques futurs, notamment dans les projets de parentalité. La drépanocytose n’est ni contagieuse ni liée à des croyances, mais une maladie génétique aux conséquences parfois dramatiques : douleurs extrêmes, atteintes pulmonaires précoces, accidents vasculaires cérébraux chez l’enfant.
Si le dépistage néonatal est généralisé en Guyane depuis plus de trente ans, de nombreux adultes n’y ont jamais eu accès. Les flux migratoires en provenance de pays voisins, où ce dépistage n’est pas systématique, accentuent encore le problème. Résultat : des diagnostics tardifs, souvent après des années de souffrances non prises en charge.
Dans ce contexte, l’Ouest guyanais accuse un retard préoccupant en matière d’offre de soins spécialisés. Des projets de structuration sont annoncés à Saint-Laurent-du-Maroni, avec l’objectif d’assurer un suivi comparable à celui de Cayenne. Une évolution indispensable, qui rappelle que la santé publique relève avant tout de la responsabilité de l’État et de son autorité sur l’ensemble du territoire.
Informer, dépister et accompagner ne sont pas des options mais des impératifs. En Guyane, comme dans l’ensemble des Outre-mer, la lutte contre la drépanocytose exige une action publique ferme, continue et pleinement assumée, au service de la protection des populations et de l’égalité réelle devant les soins.




