La décision fait polémique à Papeete. À compter du 25 janvier, cinq marumaru doivent être abattus et un sixième sévèrement élagué dans deux rues du centre-ville. Malgré un avis technique rassurant de l’Office national des forêts, la municipalité assume un choix de prudence maximale, motivé par la sécurité des personnes et la responsabilité pénale des élus.

Les arbres concernés se situent rue des Poilus tahitiens et rue Moerenhout. Leur sort intervient dans un contexte lourd. En 2024, la chute d’un marumaru avait provoqué la mort d’un jeune homme, entraînant l’ouverture d’une enquête pour homicide involontaire. Dans ce cadre, des responsables municipaux, dont le maire de Papeete, ont été entendus par la justice. Depuis, la commune affirme ne plus vouloir laisser subsister le moindre doute quant à la dangerosité potentielle de certains arbres situés en zone urbaine dense.

Un avis technique contesté, un risque assumé par la mairie

Les experts de l’Office national des forêts, missionnés pour évaluer l’état des arbres, avaient pourtant estimé que les marumaru étaient mécaniquement sains. Leur diagnostic évoquait des arbres physiologiquement satisfaisants et structurellement conservables, avec pour seule recommandation une taille des branches basses.

Cet avis n’a pas convaincu la municipalité. La commune s’appuie sur la notion de risque incertain figurant dans le rapport et considère que l’environnement urbain, fortement bétonné, empêche désormais ces arbres de s’épanouir normalement. Selon la direction générale des services, la présence de béton autour des racines pourrait masquer des fragilités invisibles en surface, susceptibles de se révéler brutalement.

Patrimoine végétal contre responsabilité pénale

Face à cette décision, un collectif d’administrés s’oppose à l’abattage. Ses membres dénoncent une atteinte au patrimoine arboré de la ville, soulignant le rôle de ces arbres dans la régulation thermique et la qualité de l’air. Ils critiquent une politique qu’ils jugent incohérente et coûteuse.

La mairie, elle, assume une ligne claire. Après un drame humain et une procédure judiciaire toujours sensible, l’exécutif local refuse de prendre le moindre risque supplémentaire. Dans un contexte où la responsabilité des élus et des collectivités est de plus en plus engagée, la priorité affichée est la protection des vies humaines, même au prix de décisions impopulaires.

Ce dossier illustre une tension récurrente dans les territoires ultramarins entre préservation de l’environnement urbain et exigence d’ordre, de sécurité et de responsabilité publique. À Papeete, la municipalité a choisi de trancher nettement, au nom de l’autorité publique et du principe de précaution, dans un cadre où l’émotion et le droit se croisent désormais étroitement.

Privacy Preference Center