C’est un nouveau coup de massue pour Jade Ponchet et son père. Alors qu’ils espéraient enfin obtenir une audience sur le fond, afin de faire reconnaître la responsabilité du moniteur et de la société de location impliqués dans l’accident de jet-ski survenu en août 2022 à Port-Louis, la procédure a une nouvelle fois été repoussée. Le dossier a été renvoyé au 1er février 2027, au terme d’une audience tenue ce lundi 2 février 2026 à Pointe-à-Pitre, sans débat sur le fond.
Ce renvoi prolonge le calvaire d’une jeune femme aujourd’hui lourdement handicapée, et d’un père épuisé, financièrement et psychologiquement, qui se bat depuis plus de trois ans pour que justice soit rendue.
Une audience sans procès : trois suspensions, puis renvoi
L’audience devait se tenir au tribunal judiciaire de Pointe-à-Pitre, mais avec une particularité : les mis en cause comparaissaient devant le tribunal judiciaire de Cayenne, compétent en matière d’affaires maritimes pour le ressort Antilles-Guyane. Une juridiction spécialisée qui ne se déplace qu’une fois par an en Guadeloupe.
Après trois suspensions de séance, la décision tombe : renvoi au 1er février 2027 à 8 heures. Aucun examen du dossier, aucune discussion sur les responsabilités, aucune avancée concrète.
Un volet de l’affaire laissé sans poursuites… et à la charge de la victime
Le cœur du scandale, c’est cette subtilité procédurale qui tourne au piège.
Le procureur de Cayenne ne s’est pas saisi de ce volet du dossier. En conséquence, la procédure repose sur la partie civile, c’est-à-dire le père de Jade, qui doit financer lui-même un “jugement de consignation” pour que le dossier puisse être jugé.
Montant exigé : 900 euros, à régler d’ici avril.
Autrement dit : si vous voulez que la justice avance, payez.
La présidente du tribunal a bien proposé une visioconférence pour éviter un nouveau déplacement en Guadeloupe, mais cela ne change rien à l’essentiel : l’audience a été renvoyée, et la famille doit encore supporter un an d’attente supplémentaire.
Un renvoi qui sert surtout la défense
Côté défense, le moniteur était présent, mais son avocat était absent, retenu en métropole.
L’avocat de l’entreprise Caraïbe Flyboard, lui, était bien là. Sa ligne de défense repose sur la forme : selon lui, le tribunal de Cayenne ne serait pas compétent, puisque le procès en appel du conducteur du jet-ski relève de la juridiction pointoise. Une argumentation qui, en pratique, contribue surtout à prolonger encore la procédure.
L’avocate de la famille Ponchet dénonce un traitement à géométrie variable. Elle évoque un autre accident grave de jet-ski, où une victime aurait perdu une jambe, et pour lequel les instances judiciaires auraient été saisies rapidement, avec expertises et experts dépêchés depuis Paris. Dans l’affaire Jade Ponchet, rien de comparable : le dossier semble “passer entre les mailles du filet”.
Un père à bout : “Vous ne comprenez pas ce que je vis”
Le moment le plus glaçant de l’audience, c’est la détresse de Jean-Marc Ponchet.
À la barre, il avoue ne pas comprendre la moitié des échanges, noyés dans les détails juridiques. Il parle d’une vie devenue un enfer depuis le 5 août 2022. Jade avait 20 ans, brillante étudiante, lorsqu’elle a été percutée et plongée dans le coma. Aujourd’hui, elle vit lourdement handicapée.
Son père dit envisager le suicide, évoque un internement prochain, rappelle qu’il est seul à s’occuper de sa fille. Victime d’un infarctus, déclaré inapte au travail, il a perdu son emploi. Indépendant, il n’a bénéficié d’aucune protection réelle et vit désormais sur ses économies, dans l’attente du RSA.
Les soins nécessaires à Jade représentent une charge immense : selon son avocate, près d’un million d’euros sur quatre ans, soit environ 20 000 euros par mois.
Et ironie cruelle : cette audience vide s’est tenue le jour même de l’anniversaire de Jade, qui fête ses 24 ans en fauteuil roulant, loin de son père, retenu en Guadeloupe… pour rien.
Quand la procédure écrase la justice
Ce dossier dit quelque chose de profond, et de très inquiétant : dans certains cas, la justice ne manque pas seulement de moyens, elle manque de cohérence. Entre les juridictions, les compétences, les renvois, les absences d’avocats et les subtilités administratives, la victime devient un dossier secondaire, et la procédure finit par prendre le pas sur l’essentiel.
Dans cette affaire, une famille demande une chose simple : que les responsabilités soient examinées et que la vérité judiciaire avance.
Mais à ce stade, la seule certitude, c’est que le temps joue contre les victimes… et qu’il profite toujours à ceux qui ont les moyens de faire durer.




