Le tribunal correctionnel de Paris rendra ce lundi sa décision dans l’affaire Micheline Myrtil, Martiniquaise de 55 ans décédée en 2018 dans les couloirs des urgences de l’hôpital Lariboisière. L’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) est jugée pour « homicide involontaire », mais le parquet a requis la relaxe, estimant que le lien direct entre les dysfonctionnements et le décès n’était pas juridiquement établi.

Le drame remonte à la nuit du 17 au 18 décembre 2018. Micheline Myrtil avait été amenée aux urgences vers 19 heures par les pompiers, souffrant de céphalées et de douleurs aux mollets. À son arrivée, une fièvre très élevée, à 40,1°C, est relevée. Pourtant, elle est orientée vers le « circuit court » et placée en salle d’attente, sans prise en charge médicale immédiate.

Dans la nuit, le personnel l’appelle à deux reprises, mais sous une identité erronée. Le nom « Myatil » est utilisé au lieu de « Myrtil ». Ne répondant pas, la patiente est considérée comme partie, puis enregistrée à tort comme étant « en fugue » dans le logiciel de l’hôpital à 1h18.

En réalité, elle se trouve toujours sur un brancard, dans un recoin, sans surveillance. Elle ne sera découverte morte qu’à 6 heures du matin par une aide-soignante. L’autopsie conclura à une défaillance respiratoire aiguë provoquée par une infection invasive à méningocoque.

Une responsabilité pénale contestée, une famille qui attend une condamnation

Le juge d’instruction avait qualifié les faits de « négligence grave », évoquant une patiente laissée plus de cinq heures sans soins dans un service sous-dimensionné et en manque d’effectifs. Mais au procès, le ministère public a considéré que la responsabilité pénale de l’AP-HP ne pouvait être retenue, faute de « lien de causalité certain ».

De son côté, l’AP-HP plaide une situation de saturation exceptionnelle, aggravée par l’absence imprévue d’un médecin, et conteste que la prise en charge tardive soit la cause directe du décès. L’institution souligne que les experts parlent plutôt d’une « perte de chance » de survie, évaluée à 75 % si le diagnostic avait été posé plus tôt, ce qui, selon la défense, ne suffit pas à caractériser un homicide involontaire.

Pour la famille, au contraire, ce dossier symbolise une faillite grave du service public hospitalier, et la décision attendue ce lundi est perçue comme un test : celui de la capacité de la justice à reconnaître la responsabilité d’une grande institution publique lorsque la chaîne de soins se brise, au détriment d’une patiente.

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