Douze ans après la liquidation de l’enseigne martiniquaise Tania Chaussure, un nouvel épisode judiciaire s’ouvre à Paris. Le mardi 3 février, la Cour de cassation doit réexaminer cette affaire emblématique, qui oppose notamment le Crédit Agricole au fondateur de la marque, André Germain-Claude. Un dossier ancien, mais loin d’être refermé, tant il cristallise des questions sensibles sur la responsabilité bancaire, les procédures collectives et le sort réservé aux entrepreneurs ultramarins.
La société Catlea, propriétaire de l’enseigne, avait été placée en liquidation judiciaire en 2014. Conséquence immédiate : 32 salariées avaient perdu leur emploi, dans un contexte économique déjà fragile. Depuis, le dossier s’est transformé en marathon judiciaire, avec des recours successifs et une contestation persistante du dirigeant.
Une liquidation contestée, une bataille judiciaire sans relâche
Actionnaire majoritaire et créateur de la marque, André Germain-Claude conteste depuis des années les conditions de la liquidation, qu’il estime irrégulières. À ses yeux, la procédure aurait été conduite de manière contestable, notamment dans le cadre de l’administration et de la liquidation de l’entreprise.
À la veille de l’audience devant la Cour de cassation, l’entrepreneur dit attendre des réponses “claires” de la justice, dénonçant les conséquences personnelles qu’il affirme avoir subies : condamnations financières, poursuites en paiement, et même la perte de son logement.
Il affirme également que la banque a réclamé le paiement d’intérêts, aggravant une situation déjà critique. En tant que caution, il indique avoir assigné le Crédit Agricole en 2018.
Dans ce dossier, André Germain-Claude met directement en cause plusieurs acteurs : l’administrateur, le mandataire liquidateur, l’État et la banque. Il évoque des plaintes déposées contre ces différentes parties, signe d’une stratégie judiciaire offensive visant à démontrer ce qu’il considère comme une chaîne de dysfonctionnements.
Un enjeu majeur : justice économique et sécurité juridique en Outre-mer
Au-delà du cas particulier, l’affaire Tania Chaussure renvoie à une question plus large : celle de la sécurité juridique des entreprises en Outre-mer. Quand une liquidation est contestée pendant plus d’une décennie, c’est tout le système qui est interrogé, tant sur la transparence des procédures que sur l’équilibre entre protection des créanciers et respect des droits des entrepreneurs.
La Cour de cassation, en réexaminant ce dossier, pourrait donc jouer un rôle déterminant : soit confirmer les décisions précédentes, soit ouvrir la voie à une remise en cause partielle ou totale de la procédure.
Dans un territoire comme la Martinique, où l’activité économique repose sur un tissu d’entreprises souvent vulnérables, cette affaire est suivie de près. Car derrière les procédures, il y a des emplois, des familles, et une réalité trop souvent oubliée à Paris : en Outre-mer, une liquidation peut faire disparaître bien plus qu’une entreprise.




