Chaque année, l’Union européenne consacre plus de 600 millions d’euros aux régions ultrapériphériques françaises au titre du programme POSEI, destiné à compenser l’éloignement, l’insularité et les surcoûts structurels. Pour la Guadeloupe et la Martinique, ces aides constituent un pilier indispensable de la survie agricole. Mais un audit publié en 2026 par la Cour des comptes européenne met en lumière une répartition jugée déséquilibrée.
Des aides concentrées sur quelques grandes exploitations
En 2023, la filière banane a perçu à elle seule 223 millions d’euros, soit plus de 40 % de l’enveloppe totale. Ce soutien massif permet aux producteurs antillais de rester compétitifs face à une concurrence internationale intense. La banane demeure ainsi un secteur stratégique pour l’emploi et les exportations des territoires concernés.
La Cour européenne relève toutefois qu’une part significative de ces financements bénéficie à un nombre limité d’exploitations, principalement les plus importantes. Cette concentration des aides n’est pas nouvelle. Dès les années 1990, des organisations agricoles dénonçaient déjà un système favorisant les grands producteurs au détriment d’autres filières locales.
La filière canne-sucre, deuxième bénéficiaire du POSEI avec environ 69 millions d’euros par an, reçoit en outre 143 millions d’euros supplémentaires de l’État. Malgré ce soutien conséquent, le secteur reste fragilisé depuis la suppression des quotas sucriers en 2017. La concurrence accrue et les coûts de production élevés pèsent sur la rentabilité des exploitations.
Au-delà de la question de la répartition, la Cour s’interroge sur la viabilité à long terme du modèle agricole ultramarin. Vieillissement des exploitants, pressions environnementales et faible diversification interrogent la capacité du système actuel à évoluer.
Pour autant, ces aides européennes demeurent essentielles pour maintenir l’activité agricole, préserver des milliers d’emplois et garantir une production locale dans des territoires confrontés à de fortes contraintes structurelles. L’enjeu est désormais d’assurer une répartition plus équilibrée, tout en consolidant la compétitivité et la souveraineté alimentaire des Outre-mer.




