La cessation brutale d’activité d’Air Antilles laisse près de 5 500 passagers sans solution claire, révélant une nouvelle fois la fragilité du transport aérien régional dans les Outre-mer. À quelques jours de la décision du tribunal mixte de commerce, l’angoisse domine, tandis que les recours possibles restent très inégaux selon la situation des voyageurs.

Le 2 février prochain, la justice devra trancher sur l’avenir de la compagnie : liquidation judiciaire ou redressement avec poursuite partielle de l’activité. En attendant, les billets vendus restent suspendus à une décision qui conditionnera toute perspective de remboursement ou de réacheminement. Cette situation met en lumière les conséquences concrètes d’années de gestion instable et l’absence de filet de sécurité solide pour les usagers ultramarins.

Une protection partielle pour les passagers passés par une agence

Les voyageurs ayant réservé via une agence bénéficient, dans certains cas, d’une meilleure protection juridique. Lorsqu’il s’agit d’un voyage à forfait incluant transport et prestations annexes, l’agence est tenue par la loi de proposer une solution alternative ou un remboursement. Ce mécanisme de garantie contre l’insolvabilité permet d’éviter que le client ne supporte seul les défaillances de la compagnie aérienne.

Certaines agences ont déjà pris leurs responsabilités en reclassant leurs clients sur d’autres compagnies, démontrant le rôle essentiel des intermédiaires professionnels dans la sécurisation des déplacements, en particulier dans des territoires dépendants du transport aérien pour leur continuité économique et sociale.

Billets achetés en direct : un risque assumé par les clients

La situation est nettement plus préoccupante pour les passagers ayant acheté leur billet directement auprès d’Air Antilles. En cas de liquidation judiciaire, ils devront se contenter d’une déclaration de créance auprès du mandataire judiciaire, sans aucune garantie d’être remboursés. Le droit est clair : il n’existe pas de mécanisme automatique d’indemnisation pour une compagnie en faillite.

Un éventuel redressement judiciaire pourrait permettre l’exécution de certains contrats de transport, mais cette hypothèse reste incertaine. En dernier recours, les voyageurs sont invités à examiner les garanties de leur assurance voyage ou à solliciter une rétrofacturation auprès de leur banque s’ils ont réglé par carte bancaire, une procédure qui doit être engagée rapidement.

Au-delà des situations individuelles, l’affaire Air Antilles pose une question de fond : celle de la viabilité économique des liaisons régionales ultramarines et de la responsabilité des pouvoirs publics à garantir un cadre stable, fiable et attractif pour les opérateurs comme pour les usagers. Sans rigueur de gestion, sans investisseurs solides et sans vision de long terme, ce sont toujours les citoyens qui paient le prix des défaillances.

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