Des collectifs coutumiers des îles Loyauté appellent à une mobilisation vendredi 20 février à Nouméa pour dénoncer le transfert des vols domestiques d’Air Calédonie de l’aéroport de Magenta vers celui de La Tontouta, prévu le 2 mars. Situé à une cinquantaine de kilomètres de la capitale, ce dernier est jugé trop éloigné par les opposants au projet.

Les représentants coutumiers, qui incarnent les autorités traditionnelles kanak reconnues par le statut civil coutumier, ont également annoncé la fermeture des aérodromes les 20 et 21 février. Ils menacent de bloquer les installations à compter du 2 mars si le gouvernement maintient sa décision. « Si le gouvernement ne tient pas compte de la population, le 2 mars, nous bloquerons », a averti Pierre Ukajo, vice-président du comité de coordination coutumière de Drehu (Lifou).

Air Calédonie assure les liaisons entre la Grande Terre, les îles Loyauté et l’île des Pins, un service essentiel pour près de 20 000 habitants, notamment pour les déplacements médicaux, administratifs et professionnels. En 2025, la compagnie a transporté environ 185 000 passagers, un niveau historiquement bas, loin du seuil d’équilibre estimé à 300 000 voyageurs. Après 16 millions d’euros de pertes en 2024, elle devrait encore afficher un déficit d’environ 10 millions d’euros en 2025, malgré un plan social et le soutien financier des institutions locales.

Pour le gouvernement calédonien, le transfert vers La Tontouta constitue une mesure de survie. La piste plus longue permettrait d’embarquer davantage de passagers, d’améliorer la fiabilité des rotations et de générer des économies. Le président du gouvernement a affirmé refuser « d’être celui qui a laissé couler la connexion aérienne inter-îles », en défendant un choix présenté comme indispensable à la pérennité du transport intérieur.

Les collectifs coutumiers dénoncent toutefois un manque de concertation et redoutent une hausse des coûts ainsi qu’un allongement significatif des temps de trajet pour des populations déjà fragilisées, près de la moitié vivant sous le seuil de pauvreté selon l’Insee. Ils estiment que les usagers ne doivent pas supporter les conséquences des difficultés financières de la compagnie. Les tensions autour du transport aérien rappellent par ailleurs les violences survenues en 2011 à Maré, liées au prix des billets, qui avaient fait plusieurs morts et blessés.

Privacy Preference Center