À un peu plus d’un mois du transfert annoncé des vols d’Air Calédonie de Magenta vers Tontouta, la province des Îles Loyauté demande officiellement au gouvernement calédonien de suspendre le projet. Les élus estiment que les conditions économiques, sociales et territoriales ne sont pas réunies et alertent sur un risque accru d’inégalités pour les populations insulaires.

Dans un courrier adressé le 28 janvier au président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, l’assemblée de la province des Îles conteste fermement le déménagement prévu le 2 mars prochain. Présentée par l’exécutif comme une mesure d’économie dans un contexte budgétaire contraint, cette décision est perçue localement comme une réponse technocratique, prise sans réelle prise en compte des réalités vécues par les habitants des Loyauté.

Un accès aux services bouleversé pour les habitants des îles

Les élus rappellent que l’aérodrome de Magenta constitue depuis des décennies un point d’entrée central vers Nouméa, permettant un accès direct aux hôpitaux, établissements scolaires, administrations et réseaux professionnels. Le transfert à Tontouta, situé à près de 40 kilomètres du centre urbain, imposerait aux usagers des contraintes logistiques et financières supplémentaires, particulièrement lourdes pour des populations déjà confrontées à l’éloignement et à la double insularité.

Selon la province, ce choix crée un déséquilibre territorial manifeste et renforce un sentiment d’abandon. Les élus parlent d’une véritable fracture, estimant que ce projet pénalise en priorité les Calédoniens les plus dépendants du transport aérien intérieur.

Un impact économique jugé préoccupant

Au-delà de la dimension sociale, la province des Îles alerte sur les conséquences économiques du transfert. L’augmentation des coûts de transport terrestre entre Nouméa et Tontouta risque, selon elle, de se répercuter sur le prix des marchandises et de décourager la fréquentation touristique des îles.

Pour le président de la province, Mathias Waneux, cette décision pourrait fragiliser davantage des économies locales déjà vulnérables, alors même que le développement équilibré du territoire devrait rester une priorité des pouvoirs publics.

Face à ces enjeux, l’assemblée provinciale appelle le gouvernement à faire preuve de responsabilité et à instaurer un moratoire, le temps d’étudier des solutions alternatives jugées plus cohérentes, plus équitables et socialement acceptables.

Une réponse gouvernementale partielle avec Tontouta express

Quelques minutes après la diffusion de la position de la province des Îles, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a annoncé la mise en place d’un dispositif de transport dédié, baptisé Tontouta express. Ce service de navettes reliera le Grand Nouméa à l’aéroport international pour un tarif de 500 francs par trajet, avec des arrêts à l’ancien CHT, Dumbéa-Koutio, l’Arène du Sud et Tontouta.

Présentée comme une mesure d’accompagnement destinée à répondre aux inquiétudes des voyageurs des îles, cette solution reste toutefois jugée insuffisante par les élus provinciaux, qui estiment qu’elle ne règle ni la question de l’égalité d’accès aux services, ni celle du modèle de desserte aérienne intérieure.

À travers ce dossier, c’est une nouvelle fois la question de l’aménagement du territoire et de la solidarité nationale en Nouvelle-Calédonie qui est posée, dans un contexte où les décisions économiques ne peuvent durablement se faire au détriment de la cohésion sociale et territoriale.

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