La polémique autour de la taxation des alcools forts à La Réunion prend une nouvelle dimension avec le soutien affiché de la Fédération française d’addictologie au Dr David Mété. Dans une lettre rendue publique, son président, le Dr Amine Benyamina, dénonce des attaques « injustifiées » contre le médecin réunionnais et rappelle une réalité souvent occultée : le prix de l’alcool est un levier majeur de santé publique, et la fiscalité actuelle, notamment sur le rhum local, reste anormalement faible au regard des dégâts sanitaires et sociaux constatés sur l’île.
Le message est clair et dérangeant. Selon la Fédération, cette fiscalité « dérisoire » favorise une consommation excessive, avec des conséquences lourdes en matière de morbidité, de mortalité, d’accidents et de violences. Derrière la controverse, le Dr Benyamina pointe une mécanique bien connue : l’alliance entre intérêts économiques, réflexes électoralistes et discours démagogiques, qui sacrifient l’intérêt général au profit du statu quo. Une critique qui vise implicitement la position de la présidente de Région, Huguette Bello, farouchement opposée à toute hausse de la taxation.
Le soutien de la Fédération renvoie aussi à l’histoire récente de La Réunion. Il rappelle le combat mené il y a vingt ans contre le syndrome d’alcoolisation fœtale, lorsque la sénatrice Anne-Marie Payet faisait déjà face aux mêmes résistances, aux mêmes arguments brandissant l’emploi local pour bloquer toute réforme sanitaire. Une constante réunionnaise : instrumentaliser l’économie pour éviter de traiter un fléau pourtant massif et documenté.
Certes, l’amendement du sénateur Stéphane Fouassin visant à relever la taxation a été mis de côté avec l’adoption du budget par loi spéciale. Mais le débat est loin d’être clos. Le parlementaire annonce déjà son retour, en ciblant prioritairement les alcools importés et en appelant à un travail progressif avec les producteurs locaux. Une approche pragmatique, qui tranche avec une posture régionale perçue comme défensive et rigide.
Au fond, cette controverse dépasse la seule question fiscale. Elle pose une interrogation essentielle pour les Outre-mer : peut-on continuer à ignorer des enjeux majeurs de santé publique au nom de calculs politiques ou d’intérêts sectoriels ? À La Réunion comme ailleurs, défendre la population, c’est parfois accepter de bousculer des rentes et des discours installés. Et rappeler que la République, une et indivisible, ne peut tolérer que certaines de ses terres soient durablement sacrifiées sur l’autel de la complaisance.




