Une étude conjointe de l’Observatoire Défense et Climat et de l’Institut de relations internationales et stratégiques met en lumière les conséquences sécuritaires des bouleversements climatiques et de la déforestation en Amazonie, avec un focus particulier sur la Guyane. Le rapport rappelle que le biome amazonien, qui couvre près de 7,7 millions de kilomètres carrés dont le plateau des Guyanes, joue un rôle central dans le stockage du carbone et la régulation du cycle hydrologique mondial, tout en étant fragilisé par des pressions humaines et climatiques de plus en plus fortes.
Déforestation, climat et risques de basculement
La déforestation liée aux activités économiques demeure la principale menace pesant sur la forêt amazonienne. Elle réduit la diversité végétale et affaiblit la capacité des écosystèmes à résister aux chocs. Le changement climatique accentue cette vulnérabilité, avec la hausse des températures et le stress hydrique qui provoquent une mortalité accrue des arbres. Ces phénomènes se combinent et augmentent le risque d’un basculement, même partiel, du biome, ce qui compromettrait durablement son rôle climatique.
Un tel scénario aurait des répercussions majeures sur la sécurité humaine. Selon l’étude, entre 43 et 47 millions d’habitants du biome seraient exposés à des menaces accrues sur l’accès à l’eau, à l’alimentation et à la sécurité physique, sans compter les atteintes au patrimoine culturel des populations locales. Les effets régionaux seraient immédiats, tout en alimentant le réchauffement climatique à l’échelle globale.
Sur le plan géopolitique, les cadres de coopération régionale peinent à produire des résultats concrets. L’Organisation du traité de coopération amazonienne et le Pacte de Leticia visent une gestion collective et une meilleure surveillance de la forêt, mais se heurtent à la primauté des souverainetés nationales. Cette fragmentation limite l’émergence d’une gouvernance réellement coordonnée à l’échelle de l’Amazonie.
La France occupe une position singulière dans cet ensemble, du fait de sa présence directe en Guyane. Si cette situation suscite parfois une méfiance chez certains Etats voisins, elle a aussi permis le développement d’une coopération opérationnelle entre forces de sécurité, notamment avec le Brésil, le Suriname et le Guyana, à travers des échanges d’informations et des actions conjointes.
Pour les Forces armées en Guyane, les conséquences sont très concrètes. L’opération Harpie, pilier de la lutte contre l’orpaillage illégal, voit ses missions s’intensifier et se diversifier, avec davantage d’opérations de surveillance, d’aide humanitaire et de secours en cas de catastrophes. Mais l’étude souligne une adaptation encore trop lente face à des ressources déjà sous tension, des coûts de surveillance aérienne en hausse, des difficultés d’accès à certaines bases lors des périodes de sécheresse et des équipements parfois mal adaptés aux nouvelles conditions climatiques. Dans un territoire stratégique pour la France, la préservation de l’Amazonie apparaît désormais indissociable des enjeux de sécurité et de souveraineté.




