Dans l’ouest guyanais, un fait spectaculaire s’est produit à Mana dans la nuit du 12 au 13 février : un bateau de pêche illégale, saisi la veille par la Marine nationale, a tout simplement été volé alors qu’il se trouvait sur une zone dédiée aux navires en attente de destruction, pourtant sous la surveillance d’une société de gardiennage.
Le navire avait été arraisonné le 11 février avec 5 895 kilos de poissons dans sa cale, signe qu’il avait pêché plusieurs jours illégalement dans les eaux françaises. Les autorités ont également saisi un filet de quatre kilomètres, ainsi qu’une quinzaine de kilos de vessies natatoires. Le capitaine, de nationalité guyanienne, a été placé en garde à vue. Faute de pavillon officiel, le bateau a été qualifié d’« apatride », bien qu’il soit parti du Surinam.
Selon la direction générale des territoires et de la mer, les voleurs ont réussi à s’emparer du navire malgré deux appels à la gendarmerie, qui s’est déplacée à chaque fois. Les gardiens avaient reçu pour consigne de ne pas se mettre en danger. L’administration reconnaît aussi une limite juridique : le bateau ne peut être détruit qu’après un délai de 96 heures dans le cadre des procédures, ce qui oblige désormais l’État à réfléchir à une solution pour rendre les navires saisis inutilisables avant destruction.
Ce vol remet en question la sécurité de la nouvelle zone de Mana, créée récemment et encore en phase « d’expérimentation ». L’État indique qu’elle devra être mieux aménagée et sécurisée. L’affaire rappelle un précédent survenu en 2018 : une embarcation brésilienne saisie à Matoury avait déjà été volée avant d’être interceptée plus tard par la marine brésilienne. Sur fond de pression croissante, une étude publiée en septembre 2024 (Ifremer, CRPM, WWF) souligne que la pêche clandestine étrangère a fortement augmenté en Guyane, avec un effort estimé supérieur à celui de la pêche locale.




