Jeudi, depuis Kourou, Ariane 6 doit franchir un cap stratégique : son premier lancement au profit de la constellation Amazon Leo, avec 32 satellites mis en orbite. Une mission très attendue, car elle inaugure le partenariat commercial le plus important signé à ce jour pour le lanceur lourd européen.
Ce tir marque aussi le passage à la version la plus puissante d’Ariane 6 (Ariane 64), équipée de quatre propulseurs latéraux, contre deux lors des précédents vols. Objectif : doubler la capacité d’emport et, surtout, faire baisser les coûts, condition indispensable pour survivre face à SpaceX.
Ce partenariat, présenté comme vital pour l’équilibre économique du programme, soulève pourtant une question de fond : comment défendre une souveraineté spatiale européenne si le carnet de commandes dépend massivement d’un client américain ?
Des experts alertent : un lanceur souverain ne peut pas, à terme, reposer sur des marchés étrangers potentiellement imprévisibles, surtout dans un contexte de tensions géopolitiques et de guerres commerciales. Mais dans les faits, l’Europe manque de clients commerciaux, beaucoup préférant aujourd’hui SpaceX, plus rapide, plus flexible et souvent moins cher.
Un partenariat crucial pour atteindre la cadence industrielle
La réalité est brutale : la demande institutionnelle européenne ne suffirait pas à faire tourner Ariane 6 à plein régime. Or, le programme est conçu pour viser une cadence de 8 à 10 tirs par an, alors que les besoins publics ne représenteraient que 2 à 4 lancements annuels.
Amazon, qui a sécurisé 18 lancements sur une trentaine au total, devient donc le client commercial incontournable permettant à Ariane 6 d’exister économiquement.
Au-delà du symbole, la mission est aussi un test opérationnel. Déployer 32 satellites exige une séquence précise de séparation, plus complexe qu’un lancement classique. ArianeGroup assure toutefois que l’Europe maîtrise déjà ce type de manœuvre, Ariane 5 l’ayant pratiqué pendant des années.
En clair : si le tir est réussi, Ariane 6 gagnera en crédibilité. Si le tir échoue, c’est tout le programme (déjà sous pression) qui encaisserait un choc.
Amazon Leo (ex-Project Kuiper) vise une constellation de 3 200 satellites, contre près de 9 400 déjà en orbite pour Starlink. Avec 175 satellites déjà déployés, Amazon cherche à accélérer, et ce lancement depuis Kourou est un jalon majeur pour rattraper le retard.
Pour Ariane 6, c’est donc plus qu’un vol : c’est le début d’une nouvelle ère, où l’Europe n’a plus le droit à l’erreur.




