Le Centre spatial guyanais s’apprête à vivre un lancement historique. Ce jeudi, Ariane 6 dans sa version la plus puissante décollera de Kourou avec à son bord 32 satellites destinés à la constellation Amazon Leo. Un tir inédit à plusieurs titres, première mission dans sa configuration à quatre propulseurs, première coopération opérationnelle avec le géant américain fondé par Jeff Bezos, et première étape d’un contrat de 18 lancements.

Un défi industriel et commercial majeur

La fusée doit s’envoler dans une fenêtre comprise entre 16h45 et 17h13 GMT pour placer les satellites en orbite basse à environ 465 kilomètres d’altitude. La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, en déplacement en Guyane, assistera au lancement après une visite du navire hybride Canopée, qui assure le transport des éléments du lanceur entre l’Hexagone et Kourou.

Cette mission inaugure la version A64 d’Ariane 6, équipée pour la première fois de quatre propulseurs latéraux et d’une coiffe allongée. La capacité d’emport passe ainsi à 21,6 tonnes, contre 10 à 11 tonnes pour les précédents vols en configuration A62. L’objectif est clair, accroître la rentabilité en augmentant le nombre de satellites embarqués à chaque tir.

Déployer 32 satellites en une seule mission représente un défi technique. Chaque engin doit être séparé successivement avec précision, un exercice que l’industrie européenne maîtrise déjà avec Ariane 5 mais qui exige une exécution parfaite pour ce nouveau lanceur.

Pour Arianespace, ce partenariat est stratégique. Amazon Leo, qui vise à déployer à terme 3 200 satellites pour concurrencer Starlink et ses près de 9 400 satellites déjà en orbite, accuse un retard. La coopération avec Ariane 6 doit accélérer la cadence. À terme, ces missions serviront également d’entraînement pour la future constellation européenne Iris², projet clé de connectivité sécurisée et souveraine prévu à partir de 2029.

Selon les estimations avancées, ce partenariat pourrait générer 2,8 milliards d’euros de PIB supplémentaire pour l’Union européenne entre 2022 et 2029, dont 1,38 milliard pour la France, soutenant près de 1 600 emplois. Pour la Guyane, territoire stratégique de la politique spatiale européenne, chaque lancement confirme son rôle central dans la souveraineté technologique et industrielle.

Si la collaboration avec Amazon renforce la montée en puissance d’Ariane 6, certains experts rappellent néanmoins qu’un lanceur européen souverain ne peut dépendre durablement de marchés étrangers. Dans un contexte géopolitique instable et de concurrence accrue, la maîtrise autonome de l’accès à l’espace demeure un impératif stratégique pour la France et l’Europe.

Depuis Kourou, ce vol marque ainsi bien plus qu’un simple lancement commercial. Il incarne une bataille industrielle, technologique et géopolitique pour la place de l’Europe dans la course mondiale à l’espace.

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