Aux Antilles françaises, la violence armée n’est plus un fait exceptionnel : elle s’est installée dans le quotidien. En Guadeloupe, en Martinique comme à Saint-Martin, les homicides par arme à feu se multiplient à un rythme alarmant, touchant désormais des conflits dérisoires, des querelles personnelles ou des rivalités de quartier. Avec des taux d’homicide très supérieurs à la moyenne nationale, ces territoires vivent une dérive sécuritaire qui ne peut plus être minimisée ni relativisée.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : des dizaines de milliers d’armes circuleraient illégalement, souvent importées depuis le continent américain grâce à des frontières maritimes difficiles à contrôler. Les forces de l’ordre constatent une montée en gamme inquiétante, avec l’apparition d’armes de guerre et une diffusion massive de pistolets automatiques. Plus grave encore, l’âge des porteurs d’armes chute : des adolescents, parfois à peine sortis de l’enfance, se retrouvent armés, instrumentalisés par des groupes ou livrés à eux-mêmes dans des quartiers où l’État peine à imposer son autorité.

Contrairement à certains discours réducteurs, cette violence ne se limite pas au narcotrafic. Si celui-ci progresse, il ne constitue qu’une partie du problème. L’usage des armes à feu est désormais décomplexé, mobilisé pour intimider, régler un différend sentimental ou « se faire respecter ». Cette dérive traduit un affaissement profond des repères sociaux, de la responsabilité individuelle et du respect de la loi républicaine.

Face à cette situation, l’État a commencé à renforcer ses moyens : enquêteurs supplémentaires, outils technologiques, futur laboratoire de balistique. Mais la réponse ne peut être uniquement technique ou ponctuelle. Ce qui se joue aux Antilles concerne toute la France : le refus de zones de non-droit, la protection des populations et la transmission d’un cadre clair où la violence n’est jamais une option. Restaurer l’ordre, faire respecter la loi et assumer une politique pénale ferme ne relèvent pas de la stigmatisation, mais de la justice due aux victimes et aux citoyens ultramarins, pleinement français, qui aspirent simplement à vivre en sécurité.

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