Dix ressortissants antillo-guyanais ont reçu, à Cotonou, une attestation de nationalité béninoise lors d’une cérémonie officielle organisée au complexe judiciaire de la capitale économique. Cette démarche s’inscrit dans le cadre d’une loi adoptée en 2024 par les autorités béninoises, destinée aux Afrodescendants souhaitant engager une procédure de reconnaissance de nationalité.
La remise de ces attestations marque une étape symbolique dans la politique menée par le Bénin à destination de sa diaspora historique. Le dispositif vise à renforcer les liens mémoriels entre le pays, fortement marqué par l’histoire de la traite négrière, et les territoires où furent déportés des esclaves, notamment dans les Antilles et en Guyane françaises.
Les dix bénéficiaires se sont vu remettre un certificat d’éligibilité à la nationalité béninoise. Ce document ne vaut pas naturalisation immédiate, mais ouvre la possibilité d’une demande de nationalité après un délai de trois ans, réduit à deux ans pour les personnes résidant sur le territoire béninois.
Une démarche à portée mémorielle et personnelle
Parmi les récipiendaires figure la Guadeloupéenne Maryse Isimat-Mirin, qui décrit cette reconnaissance comme essentiellement symbolique. Elle évoque une dimension de réparation morale et de rétablissement d’un lien historique entre l’Afrique et les Antilles. Ayant déjà mené des recherches généalogiques approfondies, elle a pu produire les documents attestant de l’histoire de ses ascendants, dans un cadre administratif qui a depuis été simplifié.
Autre bénéficiaire notable, Georges-Emmanuel Germany, ancien bâtonnier du barreau de Martinique, se trouve à l’origine même de cette loi béninoise. Il a également entrepris la démarche à titre personnel. Selon lui, les autorités béninoises ont volontairement mis en place une procédure accessible, reposant sur un portail numérique dédié, permettant de déposer un nombre limité de pièces justificatives, dont une preuve de lien avec l’Afrique, établie par la généalogie ou, à terme, par d’autres moyens.
Georges-Emmanuel Germany a récemment été nommé ambassadeur du Bénin chargé de la diaspora afrodescendante pour les Antilles, une fonction qui illustre la volonté du pays de structurer durablement ses relations avec les descendants de la diaspora africaine.
Si cette initiative relève avant tout du registre symbolique et mémoriel, elle soulève également des questions plus larges sur l’articulation entre identités historiques, appartenances nationales et citoyenneté. Pour les territoires français d’Outre-mer, pleinement intégrés à la République, ces démarches individuelles n’ont aucune incidence juridique sur la nationalité française, mais témoignent d’un rapport complexe à l’histoire et à la mémoire, que certains États africains cherchent aujourd’hui à investir politiquement.




