Le tribunal judiciaire de Troyes a prononcé, ce vendredi 9 janvier, la relaxe des neuf personnes poursuivies pour provocation à la haine raciale après une soirée costumée controversée organisée en octobre dernier dans l’Aube. Une décision qui rappelle les exigences strictes du droit pénal français en matière de liberté d’expression et d’intentionnalité.
Les faits remontent au 18 octobre 2025, lors d’une soirée privée organisée par un club de parachutisme à proximité de l’aérodrome de Brienne-le-Château. Des participants s’y étaient déguisés, certains en membres du Ku Klux Klan, d’autres grimés en blackface. Des images de la soirée avaient ensuite circulé sur les réseaux sociaux, provoquant une vive polémique nationale et l’ouverture de poursuites judiciaires.
Neuf personnes, âgées de 21 à 56 ans, avaient été renvoyées devant le tribunal pour provocation publique à la haine ou à la violence en raison de l’origine, de la race ou de la religion. Parmi elles figuraient notamment deux sapeurs-pompiers de Paris, ainsi qu’un photographe ayant immortalisé la scène.
Une décision fondée sur le droit, pas sur l’émotion
Après examen du dossier, le tribunal a estimé que les éléments constitutifs de l’infraction n’étaient pas réunis. La présidente de la juridiction a souligné que, si la mise en scène pouvait choquer ou heurter, elle ne contenait aucun appel explicite à la haine ou à la violence, condition indispensable à une condamnation pénale.
Le parquet avait pourtant requis une peine de 5 000 euros d’amende, dont 4 000 avec sursis, pour chacun des prévenus. De leur côté, plusieurs associations militantes, dont SOS Racisme et la Licra, s’étaient constituées parties civiles, tout comme la Fédération française de parachutisme, qui avait également engagé une procédure disciplinaire interne.
L’affaire avait pris une ampleur politique notable à l’automne, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Laurent Nuñez, ayant publiquement dénoncé des faits jugés « intolérables » et promis des sanctions administratives sévères. Les deux pompiers impliqués avaient d’ailleurs été suspendus à titre conservatoire, une enquête interne ayant été ouverte au sein de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris.
La décision de relaxe rappelle toutefois un principe fondamental de l’État de droit : l’indignation morale, aussi légitime soit-elle pour une partie de l’opinion, ne saurait se substituer à l’analyse juridique rigoureuse exigée par la loi pénale. La justice ne sanctionne pas des symboles ou des maladresses, mais des infractions caractérisées. En l’espèce, le tribunal a estimé que ce seuil n’avait pas été franchi.




