Un rapport parlementaire présenté ce mercredi 7 octobre recommande d’interdire la vente de boissons énergisantes aux mineurs de moins de 16 ans et de les retirer des distributeurs automatiques. Les industriels du secteur montent au créneau contre ce qu’ils qualifient de mesure arbitraire.

Red Bull, Monster, Crazy Tiger, Ciao Energy : ces boissons sont dans le collimateur du Parlement. Les députés Sandrine Runel (PS) et Yannick Neuder (LR) ont dévoilé ce mercredi un rapport recommandant d’interdire leur vente aux moins de 16 ans, y compris dans les distributeurs automatiques où le contrôle de l’âge est impossible.

Le marché des boissons énergisantes a connu une croissance spectaculaire depuis l’autorisation de leur commercialisation en 2008, passant de 184 millions d’euros en 2016 à 781 millions d’euros en 2025, avec une progression de près de 15 % en volume sur la seule dernière année. Une dynamique portée par les marques historiques Red Bull et Monster, mais aussi par de nouveaux entrants comme Ciao Energy, lancée en juin dernier par les influenceurs Squeezie, Lena Situations et Inoxtag.

Si ces boissons « ne posent pas de risque sanitaire en population générale » consommées en quantité raisonnable, leur usage apparaît globalement « excessif » selon les rapporteurs. Chez les enfants et adolescents, elle « peut bel et bien engendrer des effets nocifs » : symptômes cardiovasculaires, troubles psychologiques, liés à une consommation excessive de caféine, parfois associée à la prise d’alcool. Les rapporteurs soulignent que la caféine « présente davantage de risques » pour la santé des jeunes publics.

Face à ces recommandations, le Syndicat des boissons sans alcool (SBSA), qui regroupe des géants comme Coca-Cola Europacific Partners, PepsiCo, Orangina Suntory France ou Nestlé Waters, a vivement réagi. Il dénonce « une mesure arbitraire dénuée de tout fondement », rappelant que la sécurité des ingrédients de ces boissons « a été évaluée et confirmée à de nombreuses reprises, notamment par l’Autorité européenne de sécurité des aliments », et que ces produits « sont destinés et principalement consommés par les adultes ».

Du côté du gouvernement, la position reste prudente. Le cabinet de la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a indiqué qu’il n’existe pas « d’élément permettant au ministère de soutenir explicitement une interdiction immédiate », tout en reconnaissant « un faisceau d’arguments sanitaires et internationaux justifiant une position d’ouverture à l’étude de cette mesure ». Aucun engagement ferme n’a donc été pris.

Le rapport s’intéresse également aux boissons alcoolisées prêtes à boire, un marché encore modeste en France (0,6 % des volumes d’alcool mis à la consommation) mais susceptible de doubler de valeur d’ici 2035. Les rapporteurs pointent des taux d’alcool particulièrement élevés : « dans une seule canette de Vody se trouve autant d’alcool pur que dans quatre doses de vodka, quatre demis de bière blonde, soit un litre de bière, ou encore quatre verres de vin rouge standards à 12 % vol ». Parmi les acteurs concernés figurent Cody’s Drinks, Lavish, Damoiseau, Féfé, Smirnoff, mais aussi de grandes maisons comme Pernod Ricard ou Campari.

Les rapporteurs proposent d’étendre la taxe « prémix » à toutes les boissons alcoolisées prêtes à boire affichant un titre alcoométrique supérieur à 12 % vol, et de renforcer l’interdiction de vente d’alcool aux mineurs, jugée « pas appliquée ou trop peu », notamment via des tests de vente sur des mineurs. Ces recommandations ont vocation à alimenter des amendements au projet de budget de la Sécurité sociale pour 2027, ainsi qu’une proposition de loi. Le rapport doit encore être soumis à l’adoption de la commission des affaires sociales.

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