Le Sénat a adopté, mercredi 28 janvier, le projet de loi autorisant l’adhésion de la Martinique à la Communauté des Caraïbes (CARICOM) en tant que membre associé. Le texte doit désormais être examiné par l’Assemblée nationale pour achever son parcours législatif. Cette décision marque une étape politique importante, présentée comme stratégique pour renforcer l’ancrage régional de l’île, tout en restant strictement compatible avec le cadre institutionnel français et européen.
La France adhère ici à un protocole permettant à la Martinique d’accéder à ce statut particulier, réservé aux territoires non souverains. Une formule qui permet de participer à une organisation régionale sans remettre en cause l’appartenance pleine et entière de la Martinique à la République.
Une adhésion sans ambiguïté institutionnelle : la Martinique reste la France
Le traité fondateur de la CARICOM, signé à Chaguaramas le 4 juillet 1973, limite l’adhésion pleine et entière aux seuls États souverains. La Martinique ne peut donc accéder qu’au statut de membre associé, un cadre institutionnel clairement défini : aucun droit de vote, aucune compétence en politique étrangère, et aucune modification du statut juridique du territoire.
Sur le plan français, la démarche repose sur le Code général des collectivités territoriales, qui permet aux collectivités ultramarines de rejoindre des organisations régionales à condition d’obtenir l’accord de l’État. Autrement dit, l’ouverture régionale est encadrée et validée par les institutions nationales, garantissant que cette coopération ne devienne pas un levier de revendications autonomistes ou séparatistes.
Par ailleurs, la Martinique conserve intégralement son statut de région ultrapériphérique de l’Union européenne, sans transfert de compétences.
Rattraper un retard d’intégration régionale dans la Caraïbe
Les débats parlementaires ont mis en avant un constat largement partagé : les territoires français de la Caraïbe restent insuffisamment intégrés à leur environnement régional. Un déficit de coopération qui freine le développement économique, complique les partenariats et réduit l’efficacité des réponses communes face aux défis partagés : crises sanitaires, risques climatiques, sécurité, logistique.
En rejoignant la CARICOM, la Martinique entend devenir un acteur mieux identifié dans son espace géographique naturel, sans renoncer à la protection institutionnelle, financière et diplomatique que lui garantit la France.
L’accord avait été formalisé par une signature les 20 et 21 février 2025, dans une logique assumée d’ouverture et de coopération durable avec les États caribéens.
Des bénéfices attendus, notamment pour l’économie et la mobilité
La collectivité martiniquaise met en avant plusieurs objectifs concrets liés à cette adhésion : dynamisation des échanges économiques, mobilité étudiante et professionnelle, coopération culturelle, et coordination renforcée sur les enjeux environnementaux et climatiques.
En clair, il s’agit de mieux coopérer avec les voisins caribéens, tout en restant fermement arrimé à la République et à l’Union européenne. Une stratégie pragmatique, tournée vers le développement, qui peut contribuer à sortir des Outre-mer d’une forme d’isolement régional, à condition que cette intégration reste un outil économique et diplomatique, et non un prétexte politique.




