Changement climatique et santé : un rapport du Lancet réclame une déclaration d’urgence mondiale

Publiée avant la COP 31, la dixième édition du rapport Lancet Countdown associe 146 chercheurs de 30 pays et chiffre à près de 3 millions le nombre de décès liés à la chaleur entre 2016 et 2023. Ses auteurs appellent à une réponse coordonnée des États, tandis que le coût économique du réchauffement dépasse mille milliards de dollars par an.
Le changement climatique doit être déclaré « urgence sanitaire mondiale » : c’est la conclusion centrale du rapport Lancet Countdown publié mercredi par la revue médicale britannique The Lancet, à quelques semaines de l’ouverture de la COP 31 prévue du 9 au 20 novembre. Ce document de référence, fruit du travail de 146 chercheurs issus de 30 pays, dresse un bilan des conséquences sanitaires du réchauffement climatique à l’échelle planétaire.
Selon ses auteurs, le changement climatique a causé « près de 3 millions de décès liés à la chaleur » entre l’Accord de Paris en 2016 et 2023. La seule année 2023 aurait enregistré un record de 710 000 morts associées à la chaleur, un chiffre supérieur aux décès imputables au paludisme ou au VIH, dont plus des deux tiers sont attribuables au réchauffement d’origine humaine.
« Dix ans après l’Accord de Paris, nos conclusions sont sans ambiguïté : les effets néfastes du changement climatique sur la santé progressent plus vite que la réponse mondiale à ces effets », a déclaré Marina Romanello, directrice exécutive du projet Lancet Countdown. Elle plaide pour la mise en place d’un « dispositif d’intervention d’urgence » coordonné entre États, comparable au mécanisme de l’Organisation mondiale de la santé en cas de pandémie.
Au-delà du bilan humain, le rapport souligne l’impact économique considérable du phénomène. En réduisant la productivité des travailleurs, le réchauffement a coûté à l’économie mondiale plus de mille milliards de dollars par an au cours des trois dernières années. Les régions les plus touchées sont l’Asie du Sud-Est et l’Afrique, qui auraient perdu l’équivalent de 3,9 % et 3,2 % de leur PIB respectivement, contre 0,2 % pour l’Europe. Pour les territoires ultramarins français, exposés aux épisodes de chaleur extrême, aux cyclones et aux maladies vectorielles, ces dynamiques constituent un enjeu de premier ordre.
Le rapport reconnaît néanmoins de « réels progrès » depuis 2016 : 56 des 194 pays membres de l’OMS ont adapté leur système de santé, des systèmes d’alerte anticipent les événements extrêmes, et les investissements dans les énergies propres ont atteint 2 100 milliards de dollars en 2025, soit le double de ceux consacrés aux combustibles fossiles. Ces avancées auraient permis d’éviter quelque 323 000 décès dans au moins 77 pays grâce à la réduction de la pollution atmosphérique liée aux énergies fossiles.
Ces efforts restent toutefois jugés « trop lents, trop modestes » par les auteurs. Le financement de la recherche médicale liée au climat a certes été multiplié par sept pour atteindre 316 millions de dollars en 2024, mais 84 % de ces fonds bénéficient aux chercheurs des pays riches, alors que les nations les moins développées sont les plus exposées aux menaces sanitaires. Les combustibles fossiles représentent encore 80 % de l’énergie mondiale et sont responsables de 2,73 millions de morts par an liées à la pollution atmosphérique.
Les chercheurs ont également signalé que leurs travaux ont été compliqués cette année par « la disparition de certaines sources de données en provenance des États-Unis », certaines informations relatives aux subventions aux combustibles fossiles n’ayant pas été rendues publiques par les autorités américaines. Marina Romanello a par ailleurs averti que « l’instabilité géopolitique mondiale a relégué au second plan le réchauffement et son impact sur la santé », alors que l’inaction « risque d’exacerber cette instabilité ».

