Claudy Siar, une figure des Outre-mer à la tête de Bénin Influence

Figure des médias et défenseur des cultures afro-caribéennes, Claudy Siar poursuit son parcours au Bénin. D’origine guadeloupéenne, l’ancien animateur de « Couleurs tropicales » sur RFI dirige désormais Bénin Influence, dans le cadre de sa mission auprès du président Romuald Wadagni. Un engagement qui fait écho à son histoire familiale et aux liens entre l’Afrique et les Antilles.
Pour Claudy Siar, le Bénin représente bien davantage qu’une nouvelle étape professionnelle. Français d’origine guadeloupéenne, désormais également béninois, l’animateur et producteur y voit la possibilité de renouer avec une partie de son histoire. Nommé le 3 juin 2026 chargé de mission du président Romuald Wadagni à la Culture, aux Médias et à la Visibilité du pays, il entend consacrer son expérience au rayonnement béninois. Quelques jours auparavant, le 22 mai, il avait reçu à Ouidah son certificat de nationalité et son passeport, lors d’une séquence à laquelle il attribue une forte portée personnelle.
Ce cheminement s’inscrit dans une carrière longtemps consacrée aux relations entre l’Afrique, les Caraïbes et la France. À partir de 1995, avec Couleurs tropicales sur RFI, Claudy Siar a accompagné la diffusion des musiques afro-caribéennes et donné une place à leurs artistes sur une antenne internationale. Fondateur de Tropiques FM, animateur et producteur de télévision, il a également exercé des responsabilités publiques en France : en 2011, il avait été nommé délégué interministériel pour l’égalité des chances des Français d’outre-mer. La représentation des ultramarins et la valorisation de leurs cultures occupent ainsi une place ancienne dans son parcours.
Une identité guadeloupéenne ouverte sur plusieurs héritages
Invité de TV5MONDE le 24 septembre, Claudy Siar a expliqué ce que signifie pour lui ce rapprochement avec le Bénin. Il raconte fréquenter le pays depuis 1991 et rattache son attachement à l’histoire de ses ancêtres déportés d’Afrique. « Le Bénin nous répare de certains traumatismes de l’histoire », confie-t-il. À travers cette formule, il évoque la dimension intime que peut prendre, pour des descendants de personnes réduites en esclavage, la reconnaissance d’un lien avec le continent africain.
L’animateur refuse toutefois de présenter son installation comme une rupture avec la France. Interrogé sur ce point, il revendique les différentes composantes de son identité : l’africanité, mais aussi les héritages indien et européen. « J’assume tous ces territoires-là », affirme-t-il. Son propos fait écho à l’histoire guadeloupéenne, façonnée par des déplacements de populations, des violences et des rencontres. Il envisage sa nationalité béninoise comme une appartenance supplémentaire, qui donne une nouvelle place à la mémoire familiale dans sa vie présente.
Dans son entretien accordé à Brut, publié le 2 août, cette question resurgit à travers une chanson écrite en 2000. Il s’y interrogeait déjà sur la terre où se sentir chez lui et sur l’avenir pour lequel s’engager. Vingt-six ans plus tard, son parcours lui apparaît sous un jour différent. « À l’époque, en faisant cette chanson, j’écrivais peut-être une partie de mon histoire et je ne le savais pas encore », observe-t-il. La fonction confiée au Bénin vient désormais associer cette recherche personnelle à une responsabilité collective.
Avec Bénin Influence, faire vivre les liens avec les diasporas
Cette responsabilité prend notamment forme au sein de Bénin Influence, la structure qu’il dirige pour contribuer à la visibilité internationale du pays. Claudy Siar souhaite y mobiliser une équipe béninoise autour de projets culturels et médiatiques. Le 14 septembre, il a présenté les grandes lignes de son action au président Romuald Wadagni. Deux jours plus tard, son équipe recevait une délégation de l’Union des professionnels des médias du Bénin. La structure annonce également travailler sur plusieurs dossiers destinés à mieux faire connaître les talents du pays.
Les diasporas occupent une place importante dans cette démarche. Dans son message de présentation, Claudy Siar s’adresse aux Béninois du pays et de l’étranger, ainsi qu’aux afrodescendants. Il souhaite associer leurs initiatives au rayonnement national : « Vos succès individuels pour le Bénin sont des victoires collectives. » Son expérience des médias afro-caribéens peut contribuer à ces échanges, en facilitant les rencontres entre artistes, professionnels et publics de part et d’autre de l’Atlantique.
Après des décennies passées à faire entendre les voix des autres, Claudy Siar entend désormais participer directement à des projets depuis le continent. Il présente cette évolution comme un choix assumé, tout en affirmant conserver sa liberté de parole. « Le président a voulu que je sois dans l’action », explique-t-il. Pour cette personnalité familière des publics ultramarins, la nouvelle mission offre ainsi un prolongement concret à un engagement ancien : faire circuler les cultures et donner aux histoires qui relient l’Afrique aux Antilles une place dans les projets d’aujourd’hui.


