Depuis ce lundi 9 mars 2026, l’hôpital El-Maarouf, cœur battant de la santé publique à Moroni, tourne au ralenti : les personnels contractuels ont déclenché la grève. Un mouvement qui n’a rien d’un caprice syndical de salon. Quand ceux qui tiennent les services à bout de bras s’arrêtent, c’est tout le pays qui retient son souffle et, au passage, les patients qui attendent une consultation ou un acte programmé.

Derrière la colère, un chiffre qui claque comme une gifle : 57 500 francs comoriens en moyenne (116 €) pour les contractuels, contre 100 000 KMF (202 €) pour les titulaires. Presque du simple au double, pour « les mêmes boulots », martèlent-ils, cités par RFI : « On ne peut pas être dans un même hôpital, faire les mêmes boulots et avoir un salaire différent ». Les grévistes insistent aussi, auprès de comoresinfos.net, sur un point que beaucoup feignent d’oublier : « vivre aux Comores n’est pas nécessairement bon marché », car alimentation, matériel médical et médicaments s’achètent souvent au prix fort de l’importation.

Quand l’État paye au rabais, l’hôpital encaisse le choc

Ce qui se joue, c’est plus qu’une fiche de paie : c’est la dignité d’une génération de soignants, souvent formés à l’étranger (Madagascar, Sénégal, Maroc, France) revenus « pour servir leur pays ». Sauf qu’entre contrats précaires, absence de protection sociale et retraite en pointillés, l’avenir ressemble à une salle d’attente sans fin. Et le pire, c’est que le monde, lui, les appelle : Europe, Golfe… Là où l’on ne les applaudit pas seulement, on les paie, on les couvre, on les respecte.

El-Maarouf n’en est pas à sa première alerte : sous-effectifs, statuts bricolés, tensions récurrentes, approvisionnements fragiles… À force de rafistoler, on finit par déchirer. Et pendant que Moroni s’empêtre dans ses équilibres budgétaires, les conséquences risquent de déborder : consultations décalées, interventions reportées, service minimum sous pression, et cette question qui revient comme un boomerang dans l’océan Indien, les évacuations sanitaires, avec en ligne de mire Mayotte et La Réunion, déjà saturées et trop souvent contraintes de compenser les défaillances voisines.

On attend maintenant la réponse du gouvernement comorien : négociation sérieuse ou promesses en papier mâché ? Construire des murs ne suffit pas, préviennent les grévistes : il faut « des salaires décents », des carrières, des moyens, de la stabilité pour retenir les talents. Tout le monde le sait, mais peu osent le dire : un État qui traite ses soignants comme une variable d’ajustement prépare, tôt ou tard, une crise sanitaire grandeur nature.

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