Le tribunal correctionnel de Saint-Denis ouvre ce lundi un procès emblématique de la délinquance économique à La Réunion, avec sept prévenus poursuivis pour des faits graves de corruption, de favoritisme et de blanchiment. Parmi eux figurent François Caillé, dirigeant du groupe éponyme, David Vital, présenté comme la pièce centrale du dossier, ainsi que plusieurs cadres et responsables publics, dans une affaire qui met en lumière des dérives incompatibles avec l’exigence de probité attendue dans une économie saine.
L’audience, prévue sur trois jours, doit examiner un ensemble de faits mêlant corruption active et passive, abus de biens sociaux, faux et usage de faux, association de malfaiteurs et fraudes fiscales. Outre François Caillé et David Vital, comparaissent notamment l’ancienne direction d’Air Austral, une cadre dirigeante du groupe Caillé et un agent de la mairie de Saint-Paul, soupçonné d’avoir facilité des pratiques contraires aux règles de la commande publique.
Un système organisé autour de flux financiers occultes
Au cœur de l’instruction, les enquêteurs ont mis au jour un fonctionnement reposant sur des circuits financiers opaques, des fausses factures et des détournements de fonds. David Vital apparaît comme un intermédiaire central, autour duquel gravitaient plusieurs dirigeants d’entreprises locales. Des réunions privées, parfois déguisées en soirées de jeux, auraient servi de cadre à des échanges d’argent importants, sans traçabilité, au mépris des règles les plus élémentaires de gestion et de transparence.
L’enquête a notamment révélé le paiement de factures fictives, dont une d’un montant de 35 000 euros impliquant l’ancien dirigeant d’Air Austral. Les perquisitions menées en 2025 au siège du groupe Caillé avaient permis la saisie de liquidités et conduit à plusieurs gardes à vue, soulignant le sérieux des soupçons pesant sur les protagonistes.
Des soupçons lourds sur l’attribution de marchés publics
Au-delà des flux privés, le dossier comporte un volet particulièrement sensible concernant des marchés publics. François Caillé est soupçonné d’avoir bénéficié de pratiques de favoritisme pour l’attribution de contrats municipaux à Saint-Paul, notamment pour l’achat de véhicules via les concessions de son groupe. Ces faits, s’ils étaient établis, porteraient une atteinte grave à l’égalité entre les entreprises et à la confiance des citoyens dans l’action publique.
Alors que plusieurs mis en cause ont déjà reconnu leur culpabilité dans le cadre de procédures alternatives, ce procès doit permettre à la justice de trancher sur les responsabilités restantes. Dans un territoire qui a besoin de stabilité, d’investissement et de règles claires, l’enjeu dépasse les personnes poursuivies : il s’agit de rappeler que l’économie de marché ne peut prospérer durablement que dans le respect de la loi, de l’État de droit et de l’autorité des institutions.




