Dario Lutchmayah, Réunionnais bien connu du tissu associatif ultramarin en PACA, ne se contente plus d’organiser, de fédérer et de colmater les angles morts de la République depuis les coulisses. Cette fois, il monte sur la scène. Et pas sur n’importe quelle scène : la bataille des municipales 2026 à Nice, ville-miroir où la droite se déchire autant qu’elle se cherche. Le fondateur de la première Maison des Outre-mer en hexagone (2012), ancien chef de cabine principal chez Air France et chevalier de l’ordre national du Mérite, s’affiche en 23ᵉ position sur la liste « Le meilleur est à venir » menée par Éric Ciotti (UDR). Une place qui ressemble à un pari : assez haut pour compter, assez exposée pour être scrutée.

Derrière la candidature, il y a une trajectoire qui parle à beaucoup d’ultramarins : on commence par croire aux belles promesses, puis on se heurte aux plafonds de verre, et on finit par choisir son camp. Lutchmayah le raconte sans fard : il a milité à gauche, soutenu Delanoë et Valls, puis claqué la porte du PS il y a plus de dix ans après des épisodes amers sur la Côte d’Azur. « On m’a déjà expliqué qu’avec mon nom venu d’ailleurs je ne ferais pas 5 % », dit-il — avant de rappeler qu’il avait tout de même frôlé les 20 %. La gauche adore donner des leçons de morale, mais elle sait aussi humilier en coulisses, et ce genre de phrase, le lecteur le devine, ne sort pas d’un chapeau.

Nice, terre de promesses… ou de vieux appareils ?

Son choix de rejoindre Ciotti, il l’assume au nom d’une « liste ouverte, sans étiquette ». La formule fait sourire, car en politique tout a une couleur, même quand on la repeint en blanc. Mais il y a un fait : Ciotti, depuis 2024, incarne une droite qui a décidé de ne plus s’excuser d’être droite, et qui veut reconstruire du solide là où d’autres empilent des slogans. Lutchmayah parle d’une relation « de confiance et d’amitié » avec le député des Alpes-Maritimes, et insiste : « Avant d’être ultramarin, je suis niçois. » Message envoyé à ceux qui, à chaque élection, rangent les Outre-mer dans la case “communautarisme” dès qu’ils réclament simplement une place à table.

Sur le fond, l’homme ne promet pas des feux d’artifice : il veut un portefeuille clair (lutte contre les discriminations, Outre-mer, francophonie, monde associatif) et une délégation dédiée, une première à Nice. « On n’est pas dans l’affichage, on est dans le concret », martèle-t-il, rappelant que sa Maison des Outre-mer tient encore debout grâce au soutien du Département et de l’entourage de Ciotti. Et il égratigne la gestion actuelle : trop de « projets carte postale », pas assez de proximité, trop de vitrine, pas assez de quotidien. Sécurité, pouvoir d’achat, redynamisation culturelle : des mots simples, presque rugueux, loin des discours hors-sol qui finissent toujours par coûter cher aux habitants.

Reste que la vraie question, au cœur de cette campagne, dépasse un nom sur une liste : Nice va-t-elle continuer à tourner autour des mêmes têtes, des mêmes alliances d’ambiance, des mêmes postures de salon, ou choisir une équipe capable de tenir la ligne républicaine et de traiter les Outre-mer comme ce qu’ils sont une part entière de la France, pas une décoration exotique ? La 23ᵉ place de Lutchmayah peut devenir un symbole… ou un levier réel, si la dynamique suit et si la droite niçoise cesse de se regarder dans le rétroviseur. Et si, pour une fois, l’Outre-mer pesait dans l’exécutif municipal autrement qu’en photo de campagne ?

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