D’abord, il y a le bruit des casseroles, l’odeur du bouillon qui prend, la veste de cuisine qu’on enfile comme une armure propre. Depuis janvier 2026, huit femmes sans domicile fixe ont quitté le bitume pour les fourneaux grâce à une formation accélérée aux métiers de la restauration. Six mois, pas un de plus, pour réapprendre les gestes, les règles, la rigueur, et surtout retrouver une place, celle qu’on vous retire quand la rue vous avale.

Concrètement, l’apprentissage se fait en rotation: une semaine au service, une autre en cuisine, histoire de maîtriser toute la mécanique d’un restaurant, de la salle au passe. Deux cheffes encadrent, exigent, corrigent, tirent vers le haut. Le dispositif, porté par le CFPA avec l’association Te Vai Ete et le CMQP, se déroule au restaurant d’application d’insertion L’Éphémère, au centre d’accueil de jour Te Vai Ete. Le mercredi, pas de service: place aux examens et au renforcement des compétences pour viser un titre professionnel, du solide, du reconnu, du concret.

Une table solidaire, une leçon de bon sens

Et puis il y a cette idée simple, presque provocante dans une époque qui adore les slogans: ouvrir au public et faire payer un vrai repas. Chaque midi, du lundi au vendredi sauf le mercredi, le restaurant sert un menu à 2 000 xpf; sur chaque addition, 500 xpf alimentent une cagnotte de tickets solidaires pour offrir des repas à des familles en difficulté. On est loin des grands discours de salon: ici, la solidarité ne s’agite pas en pancartes, elle se cuisine, elle se sert, elle se finance avec la participation de ceux qui viennent manger.

Enfin, le gouvernement de Polynésie met 7,74 millions xpf sur la table pour l’encadrement pédagogique, une partie des matières premières et les frais d’examens. Certains feront la moue devant l’argent public; pourtant, c’est exactement ce qu’on attend d’un État sérieux: investir pour sortir des personnes de l’assistance permanente, les remettre sur des rails, et répondre aux besoins d’un secteur qui manque de bras. La restauration recrute, et quand la société tend une main ferme plutôt qu’un chèque sans horizon, les destins peuvent changer, avec une perspective simple: demain, ces femmes ne seront plus “des sans”, mais des professionnelles debout.

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