Selon les informations de RCI, les Caisses autonomes des règlements pécuniaires des avocats (CARPA) de Guadeloupe et de Martinique affichent des déficits colossaux, de plusieurs dizaines de millions d’euros. Une situation suffisamment grave pour avoir conduit à la saisine du parquet national financier, désormais chargé d’enquêter sur ces anomalies.
Les montants en jeu sont considérables. En Guadeloupe, près de 24 millions d’euros manqueraient dans les comptes de la CARPA. En Martinique, le déficit serait compris entre 15 et 18 millions d’euros. Ces fonds, destinés à sécuriser et à redistribuer l’argent des clients des avocats, se seraient en partie évaporés au fil des années.
Des placements risqués pointés du doigt
D’après des sources proches du dossier, ces pertes seraient liées à des choix de gestion particulièrement contestables, opérés sous d’anciennes mandatures des bâtonnats des deux territoires. Des placements financiers jugés hasardeux, voire toxiques, auraient fragilisé durablement la situation des CARPA antillaises, jusqu’à attirer l’attention de la juridiction spécialisée dans la lutte contre les infractions financières complexes.
Face à l’ampleur des sommes concernées, l’intervention du parquet national financier marque un tournant. Elle traduit la volonté de l’État de faire toute la lumière sur une affaire qui touche au cœur de la sécurité juridique et financière de la profession d’avocat.
Des tentatives de redressement qui peinent à aboutir
Depuis le mois de juin, plusieurs réunions de crise ont été organisées afin de tenter de sauver ces structures. Les cotisations professionnelles ont été fortement relevées, passant de quelques centaines à plusieurs milliers d’euros par an. Une hausse brutale, parfois multipliée par cinq ou sept, que de nombreux jeunes avocats installés récemment peinent à assumer.
Cette situation alimente une inquiétude croissante au sein des barreaux concernés. Sollicités pour venir en aide aux CARPA antillaises, plusieurs barreaux de l’Hexagone auraient décliné toute participation financière, estimant les montants à combler beaucoup trop importants.
Une crise de gouvernance et de confiance
Un administrateur a pourtant été nommé il y a plusieurs mois pour tenter de rétablir l’ordre et la transparence au sein de ces organismes censés garantir la fiabilité absolue de la gestion des fonds clients. Mais selon plusieurs sources, ses démarches n’auraient, à ce stade, pas permis d’enrayer la spirale déficitaire.
Au-delà des chiffres, cette affaire pose une question de fond sur la gouvernance de certaines institutions professionnelles outre-mer. Elle rappelle surtout l’exigence d’une rigueur irréprochable dans la gestion de fonds sensibles, condition indispensable à la confiance dans l’État de droit et dans les professions réglementées.




