La Dominique s’engage dans une fuite en avant inquiétante. Pour alimenter le chantier de son futur aéroport international, le gouvernement a autorisé l’exploitation d’une carrière géante à Deux Branches, au cœur d’une zone protégée jouxtant la rivière Pagua, source d’eau potable pour des centaines d’habitants. En quelques mois, ce cours d’eau autrefois cristallin est devenu boueux, contaminé, impropre à l’usage quotidien, suscitant des alertes sanitaires et environnementales majeures.

Le plus préoccupant reste la méthode. Aucune étude d’impact environnemental n’a été rendue publique, en violation manifeste des règles en vigueur. Les populations locales n’ont pas été consultées et les travaux ont démarré sous l’autorité directe du bureau du Premier ministre Roosevelt Skerrit, court-circuitant les procédures administratives. Cette gouvernance autoritaire, justifiée au nom d’un « investissement stratégique », fragilise l’État de droit et alimente la défiance envers le pouvoir central.

Les scientifiques, les représentants du tourisme et les communautés kalinagos tirent la sonnette d’alarme. Atteintes à la biodiversité, pollution durable des sols et des eaux, destruction d’habitats d’espèces endémiques : les conséquences pourraient être irréversibles pour une île qui fonde précisément son attractivité et son économie sur la préservation de son environnement. Sacrifier ces atouts naturels pour un développement mal encadré relève moins de la stratégie que de l’improvisation politique.

Ce dossier rappelle une réalité que connaissent bien les territoires ultramarins français : le développement ne peut se faire contre les populations ni contre la nature. L’unité nationale et la stabilité passent par des projets structurants menés dans la transparence, le respect des lois et l’équilibre entre progrès économique et protection des ressources. À défaut, c’est toute la crédibilité des institutions qui s’effondre et avec elle, l’avenir des territoires concernés.

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