Les États généraux de la bioéthique s’ouvrent ce vendredi 30 janvier en Guadeloupe, à l’initiative de l’Eregin, en partenariat avec le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) et l’Agence régionale de santé. Un rendez-vous majeur pour un territoire confronté à une urgence sanitaire silencieuse : l’attente de greffes, et notamment de reins, qui conditionne chaque année la survie de nombreux patients.
Sur l’archipel, la situation est particulièrement préoccupante. Aujourd’hui, 170 personnes sont en attente d’une greffe rénale, tandis que plus de 600 patients subissent des séances de dialyse, traitement lourd, contraignant, souvent vécu comme une vie suspendue à une issue incertaine.
En 2025, 48 greffes rénales ont été réalisées par les équipes du CHU de la Guadeloupe pour des patients des Antilles-Guyane. La majorité de ces greffes a été rendue possible grâce à des donneurs décédés en Guadeloupe, en Martinique ou en Guyane, preuve que la solidarité locale joue déjà un rôle déterminant.
Une greffe qui dépend encore trop peu du don vivant
Mais un constat demeure : le don vivant reste marginal. En quatre ans, une seule greffe rénale issue d’un donneur vivant a été réalisée. Un chiffre extrêmement faible au regard des besoins, et qui révèle des freins persistants : manque d’information, hésitations familiales, obstacles culturels ou psychologiques, parfois aussi méfiance envers les procédures.
Or, dans un territoire où l’accès aux soins est déjà fragilisé par l’éloignement, les tensions hospitalières et les contraintes logistiques, renforcer le recours au don vivant représente un levier stratégique pour sauver davantage de vies.
Un débat public attendu, avec le CCNE
Ces États généraux ont justement vocation à replacer ces questions au cœur de la discussion nationale. La conférence réunira citoyens, soignants et étudiants, avec la présence du professeur Jean-François Delfraissy, président du CCNE.
L’enjeu dépasse la seule médecine : il touche au rapport à la solidarité, à la responsabilité individuelle, et à la capacité d’un territoire à s’organiser face à une urgence vitale. Dans les Outre-mer, où les réalités sanitaires ne sont pas toujours entendues depuis Paris, ce type de rendez-vous permet aussi de rappeler une évidence : l’égalité en droit doit s’accompagner d’une égalité réelle d’accès aux soins.
En Guadeloupe comme ailleurs, le don d’organes n’est pas un débat théorique. C’est une question de vie ou de mort.




