La Polynésie française est confrontée à une montée en puissance spectaculaire du narcotrafic par voie maritime, avec des saisies record dès le début de l’année 2026. Le 16 janvier, près de cinq tonnes de cocaïne ont été interceptées dans la zone maritime polynésienne. Une semaine plus tard, le 23 janvier, 42 kilos de méthamphétamine (« ice ») étaient découverts, dont 39 kilos dans les bagages d’un croisiériste polynésien à Nuku Hiva. Un autre navire aurait été arraisonné le 30 janvier, avec une cargaison encore inconnue. Ces opérations confirment une tendance lourde : le « fenua » est désormais clairement identifié comme un point de transit sur les routes du trafic international.
Ce basculement s’inscrit dans un phénomène mondial de saturation des voies maritimes par la drogue, au point de peser sur la sécurité et l’économie du transport maritime. Selon le rapport annuel du MICA Center, pôle d’expertise français de la sûreté maritime hébergé par la Marine nationale à Brest, 606 incidents de sûreté maritime ont été enregistrés dans le monde en 2025. Le commandant du centre, le capitaine de frégate Thomas Scalabre, évoque une « continuité dans le désordre mondial » et souligne que près de 90% de la cocaïne transite désormais par la mer.
Les narcotrafiquants innovent en permanence. Les semi-submersibles, capables d’emporter jusqu’à six tonnes de cocaïne, représentent une menace majeure car ils sont difficiles à détecter et décrits comme « invisibles au radar ». Plus inquiétant encore : l’apparition de semi-submersibles autonomes, sans équipage, pilotés à distance via des antennes Starlink. Ces « drones navals » peuvent transporter environ 1,5 tonne sur 800 milles nautiques, pour un coût estimé à 150 000 dollars l’unité, rendant le risque acceptable pour les organisations criminelles.
Le trafic ne se limite pas à ces engins : go-fast ultra rapides dans certaines zones, vraquiers pour dissimuler les ballots sur des routes comme celle entre le Brésil et le Golfe de Guinée, ou encore infiltration via des « grimpeurs » qui fixent la drogue sur des navires au mouillage avant de la récupérer en mer. Le conteneur reste toutefois l’outil central du trafic intercontinental, avec plus de 850 millions de conteneurs en circulation, rendant tout contrôle exhaustif irréaliste.
Pour les armateurs, les conséquences sont lourdes : un navire immobilisé pour inspection peut coûter « des centaines de milliers de dollars » en pertes directes, selon le MICA Center. Sur le plan sécuritaire, l’ampleur du phénomène oblige les États à renforcer leur action. En 2025, la marine française a saisi 87,6 tonnes de drogues dans le monde, dont 58 tonnes de cocaïne et plus de deux tonnes en Polynésie. Avec les saisies déjà enregistrées en janvier 2026, l’année en cours pourrait battre tous les records, et placer durablement le Pacifique au cœur de la guerre mondiale contre les réseaux criminels.




