Accidents mortels, violences intrafamiliales, délinquance du quotidien : en Nouvelle-Calédonie, la consommation d’alcool demeure l’un des principaux facteurs de désordre social et d’insécurité. En ce début d’année, l’initiative du “Dry January”, qui propose un mois sans alcool, invite à regarder lucidement une réalité trop longtemps banalisée, aux conséquences humaines, économiques et sécuritaires considérables.
Après les fêtes de fin d’année, le constat est familier. Les excès se multiplient, mais sur le Caillou, ils ne se limitent pas à une période festive. L’alcool occupe une place centrale dans les usages sociaux, au point de traverser l’ensemble de la société, sans distinction d’âge ni de catégorie sociale. Les professionnels de santé le confirment : faute de données consolidées, il est difficile de chiffrer précisément l’ampleur du phénomène, mais personne ne conteste sa gravité.
Les chiffres disponibles parlent d’eux-mêmes. Selon le baromètre santé adulte 2021-2022, six Calédoniens sur dix ont consommé de l’alcool au cours du dernier mois, et un sur quatre dépasse les repères sanitaires recommandés. Sans relever nécessairement de l’addiction, ces comportements exposent déjà à des risques majeurs. Classé cancérigène avéré par l’Organisation mondiale de la santé, l’alcool constitue un danger bien avant les situations de dépendance lourde.
Malgré une fiscalité élevée, censée limiter la consommation, l’alcool reste légal, facilement accessible et omniprésent dans les commerces. Cette accessibilité contribue à entretenir des niveaux de consommation élevés et des comportements à risque, dans un territoire déjà fragilisé par les tensions sociales et économiques.
Alcool, insécurité et violences : un fléau pour l’ordre public
Les conséquences de cette banalisation sont dramatiques sur les routes. La Nouvelle-Calédonie affiche depuis plusieurs années l’un des pires bilans de France en matière de sécurité routière. Rapportée à la population, la mortalité est près de deux fois supérieure à la moyenne nationale. En 2025, 34 personnes ont perdu la vie sur les routes, un chiffre stable mais inacceptable. Dans près de trois quarts des accidents mortels, l’alcool est impliqué, souvent associé à la vitesse, au non-port de la ceinture ou à la conduite sans permis.
L’alcool pèse également lourdement sur la délinquance et le fonctionnement de la justice. Chaque année, près de 5000 cas d’ivresse publique sont constatés par les forces de l’ordre. Les magistrats alertent régulièrement sur des infractions commises sous des taux d’alcoolisation extrêmement élevés, rarement observés ailleurs sur le territoire national. Cette réalité surcharge les tribunaux, les services de police et de gendarmerie, et fragilise l’autorité de l’État.
Les violences intrafamiliales constituent l’aspect le plus préoccupant de ce phénomène. Leur hausse continue s’accompagne, dans une majorité de cas, d’une consommation excessive d’alcool. Les chiffres sont sans appel : milliers de faits recensés, explosions des violences conjugales, homicides au sein du couple. Au centre pénitentiaire du Camp-Est, une part significative des détenus purge une peine pour des violences conjugales commises sous l’emprise de l’alcool.
Faire une pause pour reprendre le contrôle
Dans ce contexte, le “Dry January” ne prétend pas régler à lui seul un problème profondément enraciné. Mais il peut servir de signal d’alerte et de temps de réflexion. Pour certains, un mois sans alcool permet de constater des bénéfices immédiats sur la santé, le comportement et le budget. Pour d’autres, la difficulté à s’arrêter révèle une dépendance qui ne dit pas son nom.
Sans moralisme, la question doit être posée avec responsabilité. Dans un territoire français confronté à des défis majeurs en matière de sécurité, de cohésion sociale et de développement économique, la banalisation de l’alcool n’est plus soutenable. Faire une pause, même temporaire, peut être un premier pas vers une prise de conscience collective, fondée sur la responsabilité individuelle, la protection des familles et le rétablissement de l’ordre public, conditions indispensables à la stabilité et à l’avenir de la Nouvelle-Calédonie au sein de la République.




