Les acteurs de l’eau et de l’assainissement ont présenté ce lundi 6 janvier le rapport 2025 sur l’état de la ressource en Guadeloupe. Fondé sur les données de 2023, ce document dresse un état des lieux chiffré sans détour. Quelques indicateurs montrent des améliorations, mais la situation reste globalement très préoccupante, surtout sur l’assainissement, où l’archipel accumule retards et non conformités.
Des premiers signaux encourageants, mais un réseau encore percé de partout
Pour la première fois depuis 2014, les prélèvements d’eau dans le milieu naturel reculent de 4 pour cent, soit 4,8 millions de mètres cubes. Un repli qui pourrait traduire les premiers effets des chantiers de réparation engagés sur le réseau, à condition que la tendance se confirme. Autre basculement majeur : Petit Bourg fournit désormais près d’un tiers de l’eau distribuée, devenant le nouveau point d’équilibre du système, en lieu et place de Capesterre Belle Eau.
Mais le cœur du problème demeure : les pertes restent massives. Le rendement du réseau du SMGEAG progresse, avec une baisse de 11 pour cent du taux de pertes, mais 58 pour cent de l’eau mise en distribution est encore perdue. Concrètement, plus d’un litre sur deux n’arrive jamais au robinet. Un chiffre qui dit tout de l’état du réseau et de l’ampleur des investissements nécessaires.
Autre alerte majeure : les impayés explosent. En 2023, 38,2 pour cent des abonnés du SMGEAG ne règlent pas leurs factures, un niveau sans comparaison avec l’Hexagone où le taux ne dépasse pas 2 pour cent. Cette dérive fragilise directement la capacité financière du service public et complique la relance des travaux indispensables.
Le diagnostic est encore plus sévère sur l’assainissement collectif et non collectif. En 2023, 11 des 18 stations d’épuration de Guadeloupe ne sont pas conformes. Certaines infrastructures héritées lors du transfert de compétences étaient déjà à l’arrêt ou en état de délabrement avancé. Le directeur général par intérim du SMGEAG, Dominique Laban, le reconnaît : certaines stations doivent pratiquement être reconstruites. La programmation pluriannuelle des investissements est donc réexaminée pour rééquilibrer des financements longtemps concentrés sur la distribution de l’eau, au détriment de l’assainissement.
Les conséquences dépassent largement la technique. Sylvie Gustave dit Duflo, présidente du comité de l’eau et de la biodiversité, alerte sur une dégradation devenue inexorable des milieux aquatiques, avec un constat tranchant : il n’y a plus aucun cours d’eau en très bonne qualité. Derrière, ce sont des enjeux sanitaires, environnementaux et économiques, la qualité des rivières, des cascades et des eaux côtières conditionnant directement les usages, la baignade et l’attractivité touristique. Le message du rapport est limpide : la Guadeloupe fait face à une crise structurelle qui exige investissements massifs, gouvernance solide et continuité d’action, sinon la dégradation se paiera longtemps.




