Depuis plusieurs semaines, des habitants de Saint-Pierre disent percevoir davantage le goût et l’odeur de chlore dans l’eau du robinet, alimentant des inquiétudes sur une éventuelle surchloration. La mairie affirme pourtant n’avoir pas modifié les doses et l’agence territoriale de santé (ATS), chargée d’un contrôle indépendant, confirme que les niveaux restent conformes et sans danger pour la santé.

La municipalité avance deux explications liées aux conditions hivernales. D’abord, les températures plus basses réduiraient l’évaporation du chlore, ce qui accentuerait la perception de son odeur. Ensuite, la pratique consistant à laisser couler l’eau pour éviter le gel de canalisations insuffisamment isolées ralentirait la dissipation du chlore dans le réseau. En clair : ce qui change, ce n’est pas forcément la quantité injectée, mais la manière dont l’eau circule et “vieillit” avant d’arriver au robinet.

Un point essentiel est rappelé par Sahondra Ramanantsoa, ingénieure sanitaire à l’ATS de Saint-Pierre-et-Miquelon : la présence d’une odeur ne signifie pas toxicité. Selon elle, le chlore, lorsqu’il est dilué aux concentrations utilisées dans l’eau potable, est « très peu toxique ». Les valeurs observées sur l’archipel resteraient nettement sous le seuil recommandé par l’Organisation mondiale de la santé, fixé à 5 mg/l. En pratique, les mesures citées tournent autour de 0,1 mg/l dans le réseau de distribution et 0,5 mg/l à la sortie de station.

Un désinfectant indispensable pour protéger la santé publique

Le chlore n’est pas utilisé par confort administratif, mais pour une raison simple : empêcher le développement de bactéries et de virus dans l’eau. C’est, de loin, la méthode de désinfection la plus courante dans les réseaux collectifs, précisément parce qu’elle offre un double avantage : une action germicide et un effet rémanent. Autrement dit, il continue de protéger l’eau tout au long de son transport dans les canalisations, jusqu’au domicile du consommateur.

L’ingénieure sanitaire rappelle également que d’autres méthodes existent, comme l’ozone, mais qu’elles ne garantissent pas cette protection dans la durée. Le risque, en cas d’eau insuffisamment désinfectée, est bien plus concret : prolifération d’Escherichia coli, gastro-entérites, et plus largement maladies hydriques. À l’échelle d’un territoire insulaire soumis à des contraintes climatiques et logistiques fortes, la sécurité sanitaire ne peut pas être laissée au hasard.

Une eau très contrôlée, et conforme selon les analyses indépendantes

L’ATS souligne enfin que l’eau est l’un des produits les plus surveillés en France, avec des dizaines de paramètres analysés, y compris sur le plan microbiologique et radiologique. À Saint-Pierre comme à Miquelon, les contrôles confirment une eau conforme et jugée de bonne qualité, y compris en comparaison d’autres territoires français.

Dans ce contexte, l’épisode actuel illustre surtout un problème bien connu : dès qu’une partie de la population ressent une variation d’odeur, la suspicion d’un danger se diffuse vite. Or, sur un sujet aussi sensible que l’eau potable, il est essentiel que l’État et les collectivités maintiennent une parole claire, fondée sur des mesures, et non sur des impressions. La priorité reste la même : garantir une eau sûre, salubre, et protégée contre les risques microbiologiques, même au cœur de l’hiver.

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