Santé publique France met en avant, dans son bilan épidémiologique hebdomadaire publié mardi 20 janvier, les résultats d’une enquête sur les inégalités de santé mentale dans l’agglomération de Cayenne. Menée entre mars et août 2021 auprès de 881 personnes de plus de 17 ans vivant dans les six communes de la communauté d’agglomération du centre littoral, l’étude mesure la fréquence des troubles mentaux et leur répartition selon les critères sociaux.
Une réalité chiffrée, un déterminant central
Pilotée par le professeur Mathieu Nacher à partir de données issues de l’étude nationale Santé mentale en population générale du Centre collaborateur de l’OMS basé à Lille, l’enquête confirme un fait bien connu sur le territoire : la précarité pèse lourdement sur la santé. Cette fois, les chiffres l’établissent clairement aussi pour la santé mentale. Au moment de l’enquête, 17 pour cent des personnes interrogées présentaient un épisode dépressif, et 8 pour cent souffraient de dépressions récurrentes.
Le risque grimpe dans les milieux les plus fragiles. À âge et sexe égaux, il est plus de deux fois plus élevé chez les personnes vivant avec moins de 840 euros par mois. Les jeunes adultes et les femmes apparaissent comme les plus vulnérables. L’étude fait aussi état d’une prévalence élevée des psychoses, à 5,5 pour cent, et d’un risque accru chez les faibles revenus. Le stress post traumatique touche davantage les femmes et les populations précaires. Le risque suicidaire, moins fréquent, augmente lui aussi lorsque les revenus baissent.
Le constat est d’autant plus sévère que le recours aux soins reste limité. Seule une personne dépressive sur trois a consulté un professionnel de santé, et moins de 20 pour cent suivent un traitement médicamenteux. Beaucoup se tournent vers la médecine traditionnelle ou un soutien religieux.
Ces résultats rappellent une évidence trop souvent ignorée : la santé mentale n’est pas un luxe ni une affaire secondaire, c’est un enjeu de cohésion et de sécurité sociale au sens large. En Guyane, combattre la détresse psychique passe aussi par une politique ferme contre la pauvreté et par un accès réel aux soins, au plus près des quartiers et des communes.




