En partenariat avec les Hôtels Karibea

La publication progressive de milliers de documents judiciaires liés à l’affaire Jeffrey Epstein confirme l’ampleur internationale d’un système criminel structuré, mobile et profondément ancré dans les espaces périphériques de la mondialisation. La Caraïbe y apparaît comme un nœud stratégique, utilisé pour sa position géographique, la fragmentation de ses juridictions et la fluidité de ses liaisons aériennes. Dans ce vaste ensemble documentaire, la Martinique est mentionnée à 38 reprises, un chiffre qui a suscité des interrogations mais qui, à l’examen, ne révèle aucune implication pénale du territoire.

Le cœur du dispositif d’Epstein reposait sur l’exploitation de zones insulaires offrant à la fois discrétion, connectivité internationale et relative porosité des contrôles. Les îles Vierges américaines, où se situaient ses propriétés privées, ont servi de bases logistiques et, selon la justice américaine, de lieux d’exploitation sexuelle pendant de nombreuses années. Jets privés, sociétés écrans et escales multiples permettaient une circulation rapide de personnes et de capitaux, loin des centres de surveillance les plus stricts.

Les occurrences du mot « Martinique » dans les dossiers judiciaires doivent cependant être lues avec prudence. Une large majorité d’entre elles ne renvoient pas au territoire français des Caraïbes, mais à des entités homonymes situées aux États-Unis, notamment des immeubles résidentiels en Floride ou des établissements hôteliers à New York. Cette confusion toponymique explique en grande partie la fréquence apparente du terme dans les documents rendus publics.

Lorsque la Martinique est bien mentionnée comme territoire ultramarin français, les références relèvent exclusivement de considérations techniques ou administratives. Certains échanges évoquent des tableaux de vols privés incluant Fort-de-France comme point de départ potentiel vers l’Amérique du Nord, d’autres font allusion à des événements climatiques majeurs dans la région ou à des questions générales de visas concernant les territoires français d’outre-mer. Aucun élément ne permet d’établir un lien entre l’île et des faits d’exploitation, de recrutement ou d’organisation criminelle.

Un échange privé, largement relayé, mentionne également un séjour personnel en Martinique évoqué par une correspondante d’Epstein, sans que celui-ci ne soit associé au déplacement ni à une quelconque activité illégale. Ce type de référence, sorti de son contexte, illustre les risques d’amalgames dans l’analyse brute de documents judiciaires massifs, où la présence d’un nom ne saurait valoir preuve.

Les autorités américaines insistent sur ce point : la mention d’un territoire dans les « Epstein Files » n’implique en rien une responsabilité ou une implication locale. Si la Caraïbe a bien été instrumentalisée par un système criminel transnational, la Martinique n’apparaît à aucun moment comme un maillon opérationnel de ce réseau. Cette distinction est essentielle, à l’heure où de nombreux États réévaluent les zones de vulnérabilité juridique et logistique exploitées par les réseaux criminels internationaux.

L’affaire Epstein rappelle enfin une réalité plus large : les marges géographiques du système mondial sont souvent utilisées comme zones de transit et de dissimulation par des acteurs puissants, profitant des failles de la gouvernance internationale. Dans ce contexte, la vigilance s’impose, mais elle doit s’appuyer sur des faits établis, et non sur des rapprochements hâtifs qui brouillent la compréhension des responsabilités réelles.

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