Trente ans après le dernier tir nucléaire français en Polynésie, l’Assemblée nationale s’apprête à adopter une proposition de loi qui change en profondeur le traitement des victimes. Porté par la députée polynésienne Mereana Reid Arbelot, le texte vise à lever les blocages juridiques qui ont longtemps empêché l’indemnisation de milliers de personnes exposées aux essais du Centre d’Expérimentation du Pacifique entre 1966 et 1996.
Une rupture avec la logique d’exclusion
La réforme supprime notamment le seuil de dose radioactive qui conduisait à rejeter la majorité des dossiers. À la place, le législateur retient une présomption d’exposition fondée sur le risque pris par l’État en exposant populations civiles et militaires. Les victimes dites « par ricochet », conjoints et enfants, sont également reconnues, marquant une évolution majeure attendue depuis des décennies par les associations.
Ce changement de philosophie est salué par les représentants des victimes, dont de nombreux dossiers ont été systématiquement rejetés par les juridictions administratives. Désormais, toute personne atteinte d’une pathologie radio-induite reconnue et ayant résidé, séjourné ou travaillé dans les zones concernées aux périodes définies pourra prétendre à une indemnisation. En Polynésie seule, plus de 10 000 personnes pourraient être concernées.
La reconnaissance passe aussi par la vérité
Au-delà de l’indemnisation, cette loi s’inscrit dans une démarche plus large de reconnaissance. Pour les élus polynésiens, réparer ne suffit pas sans regarder l’histoire en face. Les travaux scientifiques menés ces dernières années ont permis d’établir une base solide, mettant fin à des décennies d’opacité et de minimisation des impacts sanitaires et environnementaux des essais.
Si le texte marque une avancée décisive, les associations entendent poursuivre le combat, notamment pour élargir la liste des maladies reconnues et approfondir les recherches sur la transmission héréditaire. Pour beaucoup de victimes, cette loi n’efface ni les souffrances ni les pertes, mais elle met fin à une injustice durable et engage enfin la République à assumer pleinement ses responsabilités en Polynésie française.




