Il y a des verdicts qui claquent comme une porte qu’on referme enfin sur l’horreur. Ce mercredi 11 mars 2025, la cour d’assises a condamné à 28 ans de réclusion criminelle l’homme accusé d’avoir tué son ex-conjointe à Thio, en Nouvelle-Calédonie, en août 2023. La perpétuité planait au-dessus de l’audience; les jurés ont tranché, sans ambiguïté sur l’essentiel: oui, il a volontairement donné la mort, et oui, il était l’ancien conjoint.

Au procès, les mots ont eu le goût métallique du réel, celui qu’on préfère ne jamais entendre. La partie civile a décrit un féminicide « d’une particulière cruauté », dans le prolongement d’une relation jalonnée de violences. L’avocat général, lui, a parlé d’une « mise à mort » réalisée dans des conditions qui glaçaient la salle. Quand la justice emploie ce vocabulaire-là, c’est qu’on ne parle plus de dispute, mais d’un passage à l’acte qui piétine tout: la dignité, la vie, la paix des familles.

Revenons aux faits, parce qu’ils disent tout. Le 27 août 2023, après une soirée très alcoolisée, la victime, agente de sécurité de 31 ans, et l’accusé, 38 ans, se retrouvent à une fête d’anniversaire; ils sont séparés depuis des mois, séparation que l’homme n’accepte pas, selon l’enquête. Disputes, tensions, puis l’aube: elle s’éloigne à pied. Il la rattrape, la fait chuter, saisit une pierre d’environ 1,8 kg et frappe, encore et encore, au visage et à la tête. La scène a la brutalité d’un guet-apens, la lâcheté d’une domination qui refuse la liberté de l’autre.

La barbarie jugée, l’État attendu

Et puis il y a l’aveu, cet aveu qui donne la nausée. En garde à vue, le lendemain, l’homme reconnaît avoir voulu tuer celle qui, selon lui, « l’avait mérité ». Il ajoute même s’y être repris à deux fois, repositionnant le corps pour mieux « la bombarder ». Voilà où mène l’idéologie de la possession, ce vieux poison qui transforme une séparation en “affront” et une femme en “propriété” qu’on punirait. Qu’on ne vienne pas habiller cela de sociologie molle: ici, il y a un choix, une violence, une responsabilité pleine et entière.

La peine, elle, envoie un signal clair: 28 ans, avec une période de sûreté fixée aux deux tiers, ce qui ferme la porte aux aménagements de peine pendant longtemps. Le parquet avait requis trente ans; la cour a retenu 28, lourdement, et c’est déjà une forme de protection pour la société, une réponse de l’État qui assume sa mission première: tenir, sanctionner, empêcher de recommencer. Dans des territoires où l’autorité se voit contestée à longueur de slogans et de postures, ce rappel-là compte: la France n’abandonne pas ses victimes, et la République ne négocie pas avec la barbarie.

Reste une question qui brûle, au-delà du dossier: combien d’autres drames faudra-t-il pour que l’on cesse de tolérer les signaux faibles, l’alcool comme excuse, la violence comme “histoire de couple”, et le relativisme comme refuge politique? À Thio comme à Mayotte, les Outre-mer n’ont pas besoin de grands discours idéologiques, mais d’ordre, de protection, de justice rendue vite et fermement.

Privacy Preference Center