Le déploiement de la fibre optique à Mayotte cristallise les tensions entre Orange et le groupe OcéInde, délégataire de service public chargé de couvrir l’ensemble du territoire d’ici 2027. Interpellée au Sénat par Saïd Omar Oili, la ministre déléguée au Numérique a appelé les deux acteurs à un « dialogue constructif », alors que l’enjeu dépasse largement une querelle commerciale et touche à l’égalité numérique dans un territoire ultramarin déjà fragilisé.
Un partage du réseau au cœur des crispations
La loi pour la refondation de Mayotte, promulguée en août 2025, prévoit une couverture intégrale en très haut débit via une DSP attribuée à OcéInde. Mais après le passage dévastateur du cyclone Chido, Orange a choisi de déployer la fibre sur fonds propres dans les zones les plus densément peuplées, tout en misant sur la 5G. Une initiative légale, selon le gouvernement, mais qui suscite de vives inquiétudes locales.
Pour le sénateur Saïd Omar Oili, la stratégie d’Orange contrevient à l’aménagement équilibré du territoire. Les zones denses, les plus rentables, constituent le socle financier du réseau public porté par OcéInde, dont l’investissement atteint 183 millions d’euros. Une concurrence directe dans ces secteurs pourrait fragiliser l’ensemble du projet et, à terme, faire peser un risque financier sur les collectivités.
La ministre Anne Le Hénanff a rappelé que la DSP n’accorde aucune exclusivité, tout en reconnaissant la nécessité d’éviter les doublons. Une réunion entre Orange et Réunicable, filiale d’OcéInde, s’est déjà tenue en décembre, avec pour objectif de répartir les zones de déploiement « en bonne intelligence ». L’État affirme vouloir garantir à la fois l’accès rapide des Mahorais à la fibre et l’équilibre économique du service public.
Dans un département où les maires refusent désormais certaines autorisations de voirie en raison de cette incertitude juridique, la question est désormais politique. À Mayotte plus qu’ailleurs, la fibre n’est pas un luxe, mais une condition du rattrapage républicain. L’État est attendu au tournant pour faire respecter la loi, protéger l’intérêt général et assurer aux Mahorais un accès équitable au numérique, comme partout ailleurs en France.




