Le Congrès de la Nouvelle-Calédonie a franchi une étape politique en déposant, le 29 décembre, une proposition de délibération destinée à structurer une filière chanvre à l’horizon 2030. Le texte, transpartisan, entend clarifier le cadre juridique autour du chanvre industriel, produit non stupéfiant, afin d’éviter les amalgames avec le cannabis et d’ouvrir de nouvelles perspectives économiques dans un contexte de crise durable.

Un cadre légal avant toute montée en puissance

Les élus à l’origine de la démarche insistent sur un point central : il ne s’agit pas de légaliser le cannabis, mais d’organiser une filière agricole et industrielle autour du chanvre, avec un taux de THC strictement limité à 0,3 %. Les travaux engagés depuis 2019 ont déjà permis de vérifier la faisabilité agronomique de cette culture en province Sud, notamment à Bourail, avec des essais concluants sur l’adaptation des variétés et le respect des seuils réglementaires.

La délibération vise désormais à passer d’expérimentations ponctuelles à une véritable logique de filière. Production agricole, transformation locale, débouchés industriels et export sont pensés de manière coordonnée, avec une gouvernance dédiée et un dispositif de suivi destiné à sécuriser les investissements. Pour les porteurs du texte, l’absence de cadre clair a longtemps freiné les initiatives privées et découragé les entreprises.

Sur le plan économique, le chanvre est présenté comme une culture de diversification adaptée aux contraintes locales, peu consommatrice d’eau et bénéfique pour les sols. À terme, plusieurs centaines d’hectares pourraient être mobilisées chaque année, avec des perspectives d’emplois dans l’agriculture, l’industrie et la transformation. Les débouchés ciblés vont du bâtiment aux matériaux composites, en passant par les huiles et les cannabinoïdes, notamment le CBD, aujourd’hui encore dans un flou juridique.

Au-delà de l’économie, les élus souhaitent également inscrire la filière dans une approche de santé publique. Les retombées financières pourraient alimenter un fonds dédié à la prévention et à la lutte contre les addictions, dans un territoire confronté à une consommation précoce et massive de cannabis. Le calendrier reste volontairement progressif, avec une adoption possible du plan stratégique en 2026 et une montée en production à partir de 2027, afin d’avancer sans précipitation mais sans renoncement.

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