La filière porcine calédonienne traverse une crise profonde qui pénalise l’ensemble de la chaîne, des éleveurs aux restaurateurs, en passant par les bouchers. En cause, une succession de chocs économiques aggravés par des choix de régulation jugés inadaptés, qui ont conduit à une baisse brutale de la production locale et à la fermeture de plusieurs exploitations.

Depuis la fin de l’année 2025, les ruptures d’approvisionnement se multiplient. Dans les restaurants comme chez les artisans bouchers, certains produits emblématiques à base de porc disparaissent des étals et des cartes. Les professionnels peinent à honorer la demande, malgré une consommation qui repart progressivement. Une situation paradoxale, alors même que la Nouvelle-Calédonie disposait jusqu’ici d’une filière porcine autosuffisante et réputée stable.

Pour de nombreux acteurs, le cœur du problème se situe dans la gestion des quotas et des cheptels par l’Office de commercialisation et d’entreposage frigorifique. Après les émeutes de 2024, marquées par une chute brutale de la consommation et des difficultés logistiques, les éleveurs ont été sommés de réduire leur production. Des décisions compréhensibles à court terme, mais dont les effets se font lourdement sentir aujourd’hui. La réduction massive des truies reproductrices a désorganisé durablement les élevages, alors que la reconstitution d’un cheptel porcin nécessite plus d’un an.

Une filière fragilisée par la crise et le pilotage administratif

À cette baisse des effectifs s’est ajoutée une autre contrainte : la diminution imposée du poids des carcasses, qui a mécaniquement réduit les volumes commercialisables et les revenus des exploitations. Pour certains éleveurs, déjà fragilisés par la hausse des coûts de l’alimentation animale depuis la pandémie et la guerre en Ukraine, le choc a été fatal. Plusieurs petites structures ont cessé leur activité, incapables d’absorber la baisse de production sans allègement des charges.

Du côté de l’Ocef, la défense est claire : la filière était déjà affaiblie avant les émeutes, et la chute de près de 20 % de la consommation a rendu inévitable un ajustement rapide. L’établissement public souligne avoir absorbé des stocks considérables de viande invendue, au prix de lourdes pertes pour la collectivité. Mais sur le terrain, les éleveurs dénoncent une vision trop administrative, déconnectée des réalités biologiques et économiques de l’élevage porcin.

Pour 2026, les droits à produire ont été maintenus au même niveau que l’année précédente, malgré une reprise partielle de la demande. Une décision qui inquiète fortement les professionnels, alors que les charges continuent d’augmenter, notamment l’électricité et les remboursements d’emprunts. Certains évoquent désormais le risque d’un marché parallèle, symptôme classique d’une régulation trop rigide.

Face à l’impasse actuelle, une piste fait consensus : le développement de véritables outils de transformation locale, notamment pour le jambon et les produits cuits, encore largement importés. Un tel investissement permettrait de sécuriser les débouchés et de mieux valoriser la production locale. Mais ces projets industriels ne verront pas le jour avant plusieurs années.

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