La grève des médecins libéraux prend en Guyane une tournure particulièrement préoccupante. Cabinets fermés, consultations annulées, patients renvoyés vers des urgences saturées : le mouvement national contre le budget 2026 de la Sécurité sociale se traduit localement par une véritable paralysie de l’offre de soins, dans un territoire déjà frappé par une désertification médicale chronique.

Contrairement à l’Hexagone, où la grève reste souvent partielle, la Guyane subit de plein fouet les effets d’un système à bout de souffle. Le manque structurel de praticiens, la pression constante sur les soignants et une patientèle confrontée à des réalités sanitaires lourdes rendent toute perturbation immédiatement critique. Les médecins dénoncent une politique budgétaire technocratique, pensée depuis Paris, sans prise en compte des spécificités ultramarines.

Cette situation révèle une contradiction de plus en plus flagrante : l’État exige toujours plus des professionnels de santé, tout en restreignant leur autonomie et en fragilisant leur équilibre économique. En Guyane, où l’accès aux soins est déjà une bataille quotidienne, ces décisions alimentent la colère et accélèrent le découragement des praticiens, au détriment direct de la population.

Au-delà de la mobilisation actuelle, c’est une question de responsabilité nationale qui se pose. La République ne peut continuer à traiter ses territoires ultramarins comme des variables d’ajustement budgétaire. Garantir l’égalité d’accès aux soins en Guyane n’est ni un privilège ni une option politique : c’est une obligation régalienne. Sans un sursaut rapide, la crise sanitaire locale risque de s’installer durablement, avec des conséquences humaines lourdes pour un territoire déjà trop souvent laissé en marge.

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