La grève nationale des médecins libéraux, premier mouvement social de 2026, a désormais des effets très concrets en Guyane. Jusqu’au 15 janvier, de nombreux cabinets restent fermés, laissant les patients sans consultation et redirigés vers des services d’urgence déjà sous tension. En toile de fond, la contestation du budget 2026 de la Sécurité sociale, accusé par les syndicats médicaux d’imposer des contraintes jugées excessives et unilatérales.

Au cœur des revendications, le renforcement du contrôle des arrêts maladie. Les médecins dénoncent une logique purement comptable qui ne tiendrait pas compte des réalités locales, notamment en Guyane, territoire marqué par l’éloignement, la précarité et une patientèle aux pathologies souvent lourdes. Certains praticiens annoncent déjà qu’ils limiteront leurs prescriptions d’arrêts, non par choix médical, mais par crainte de sanctions administratives. Une situation paradoxale dans un département où l’accès aux soins reste un défi majeur pour l’État.

Autre point de crispation : la possibilité donnée au directeur de l’Assurance maladie de modifier seul le niveau de remboursement de certains actes techniques. Pour les médecins libéraux, cette mesure menace directement l’équilibre économique de leurs cabinets, déjà fragilisé par la hausse des charges et les difficultés de recrutement. En Guyane, où l’offre de soins libérale est rare et précieuse, toute fragilisation supplémentaire risque d’aggraver les inégalités territoriales.

Si la lutte contre la fraude et la maîtrise des dépenses publiques relèvent de l’intérêt général et nul ne peut contester la nécessité de préserver notre modèle social, la méthode interroge. La République ne peut durablement opposer administration centrale et médecins de terrain, surtout dans les Outre-mer où la continuité des soins est un enjeu national. À défaut d’un dialogue rapide et responsable, ce sont une fois de plus les patients ultramarins qui paient le prix fort d’un conflit mal engagé.

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