La convoitise affichée de Donald Trump pour le Groenland remet sur la table une réalité géopolitique souvent sous estimée. Cette île autonome rattachée au Danemark concentre ressources minières, position stratégique et débats sur la souveraineté. Une situation qui fait écho à celle des Outre mer français, eux aussi situés au cœur d’espaces convoités par les grandes puissances.
Autonomie locale mais souveraineté limitée
Le Groenland partage avec la Polynésie française ou la Nouvelle Calédonie un haut degré d’autonomie interne, sans disposer pour autant d’une souveraineté pleine et entière. Les décisions internationales restent prises par Copenhague, comme elles le sont à Paris pour les Outre mer français. Selon l’universitaire Fred Constant, cette dépendance institutionnelle vis à vis d’un pouvoir central continental constitue un point commun majeur, malgré des formes de décentralisation avancées.
Autre parallèle, la présence de mouvements indépendantistes structurants. Au Groenland, toutes les forces politiques s’accordent sur le principe de l’indépendance, seule l’échéance divise. Une dynamique qui rappelle la situation calédonienne, même si les cadres juridiques et les contextes historiques diffèrent. Ces débats internes n’effacent pas l’intérêt stratégique que représentent ces territoires, qu’il s’agisse du Pacifique, de l’océan Indien ou de l’Atlantique.
La question centrale reste celle de la protection géopolitique. Pour l’expert en affaires européennes Olivier Gaston, le statut fait toute la différence. Les Régions ultrapériphériques bénéficient d’un ancrage direct dans l’Union européenne et de la clause de solidarité prévue par les traités. Les Pays et Territoires d’Outre mer, comme le Groenland, la Nouvelle Calédonie ou la Polynésie française, ne disposent pas du même bouclier, en particulier dans le Pacifique où la solidarité européenne est limitée.
Pour autant, les scénarios d’annexion ou d’ingérence directe relèvent davantage de la spéculation que de la réalité opérationnelle. Les experts s’accordent à dire qu’aucune force étrangère ne débarquera à Nouméa ou à Papeete. La menace est ailleurs, plus diffuse, plus économique, plus politique. Elle se joue dans la capacité des États à affirmer leur souveraineté, à contrôler leurs ressources et à assumer pleinement la défense de leurs territoires. Pour la France, les Outre mer ne sont pas des périphéries lointaines, mais des points d’ancrage stratégiques majeurs, qu’il serait imprudent de sous protéger ou de relativiser.




