Le procès dit des « Grands frères », qui se tient depuis plus d’une semaine devant le tribunal judiciaire de Fort-de-France, est entré dans sa phase décisive avec les réquisitions du ministère public. Treize prévenus sont poursuivis pour leur rôle présumé dans les violences qui ont paralysé la Guadeloupe à l’automne 2021, sur fond de contestation de l’obligation vaccinale, rapidement transformée en crise sécuritaire majeure.

Selon l’accusation, les mis en cause auraient participé à l’organisation et à la structuration des émeutes, avec des actions coordonnées telles que l’installation de barrages enflammés, des projets d’attaque contre des bâtiments publics et même des scénarios d’intrusion à l’aéroport. Des soupçons d’extorsion de fonds et d’association de malfaiteurs ont également été évoqués au cours des débats, mettant en lumière une tentative d’instrumentalisation du chaos à des fins politiques et financières.

Fait notable, le réquisitoire a révélé une profonde divergence au sein même du parquet. Un premier magistrat a requis la relaxe totale pour cinq prévenus, estimant que la thèse d’une mobilisation pilotée par un groupe structuré de « chefs de gangs » ne reposait pas sur des éléments suffisamment solides. Cette lecture a rejeté l’idée d’une direction centralisée des troubles, privilégiant celle d’un mouvement éclaté et opportuniste.

À l’inverse, une autre représentante du ministère public a demandé des peines allant de dix mois à cinq ans de prison ferme pour sept prévenus, considérant que certains rôles de coordination, d’incitation et de préparation d’actions violentes étaient établis. Pour l’un des accusés, policier au moment des faits, une peine lourde assortie d’une interdiction définitive d’exercer dans la police nationale a été requise, en raison de soupçons de transmission d’informations sensibles aux émeutiers.

La défense a vivement dénoncé des réquisitions jugées incohérentes et juridiquement fragiles, pointant une enquête massive reposant sur des moyens technologiques intrusifs, écoutes téléphoniques étendues et exploitation intégrale de données numériques. Les avocats estiment que ces méthodes n’ont pas permis d’établir une chaîne de responsabilités claire, malgré des mois d’investigations.

Au-delà du sort judiciaire des prévenus, ce procès ravive le souvenir d’une période où l’autorité de l’État avait été gravement contestée en Guadeloupe, laissant des quartiers entiers livrés à la violence et à la peur. La décision du tribunal, attendue le 10 février, sera scrutée comme un signal fort sur la capacité de la justice à répondre fermement aux dérives insurrectionnelles et à rappeler que l’ordre public ne saurait être négocié face à des groupes cherchant à déstabiliser les institutions françaises.

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