Victime de la diffusion sans son accord de plusieurs vidéos à caractère intime, la chanteuse de bouyon guadeloupéenne Yu Meï, 29 ans, a choisi de témoigner publiquement. Elle raconte le choc de la découverte, les conséquences sur sa vie personnelle et professionnelle, et annonce avoir saisi la justice.
Il était 4 heures du matin lorsqu’un ami a prévenu Yu Meï que des vidéos intimes la mettant en scène circulaient sur des groupes en ligne. « Je sentais mon cœur battre à la chamade », confie la chanteuse, qui décrit avoir immédiatement basculé en « mode gestion » malgré le choc. Plus tard dans la journée, elle apprenait que deux autres vidéos étaient diffusées. « J’ai eu l’impression que le ciel me tombait une deuxième fois sur la tête. »
La jeune artiste, connue dans le milieu du bouyon aux Antilles, décrit les conséquences immédiates de cette diffusion : messages à caractère sexuel non sollicités, commentaires hostiles, sollicitations déplacées. « D’un coup, quelque chose qui relevait de mon intimité ne m’appartenait plus complètement. Mon corps devenait public. Et ça, c’est d’une violence et d’une humiliation énormes », témoigne-t-elle. Elle évoque également le sentiment de déshumanisation éprouvé lorsqu’une image intime circule de téléphone en téléphone sans le consentement de la personne concernée.
Yu Meï a tenu à prévenir elle-même ses parents avant que d’autres ne le fassent, et souligne avoir bénéficié du soutien de ses proches. Ce soutien lui a permis, dit-elle, de rappeler une évidence : « Je ne suis pas celle qui a diffusé ces vidéos. Je n’ai pas consenti à leur diffusion. Je ne suis donc pas celle qui doit avoir honte. »
La chanteuse annonce avoir engagé des poursuites judiciaires, visant à la fois la personne en possession des vidéos avant leur diffusion et les administrateurs des groupes où elles ont été partagées. Elle insiste sur la responsabilité de chaque maillon de la chaîne de diffusion : « Recevoir ma vidéo ne vous donne aucun droit dessus. La recevoir ne vous autorise pas à la montrer. La recevoir ne vous autorise pas à la transférer. » Elle avertit que toute tentative future d’utiliser ces contenus contre elle fera l’objet de poursuites sans indulgence.
Au-delà de son propre cas, Yu Meï dit avoir découvert l’existence de groupes et canaux dédiés au partage de contenus pornographiques antillais, certains accessibles contre paiement. Elle s’alarme également de la présence, dans ces environnements numériques, de contenus impliquant des mineurs. « On ne peut pas banaliser ça », insiste-t-elle, appelant toutes les victimes de faits similaires à ne pas rester silencieuses : « Conservez les preuves. Rapprochez-vous des autorités compétentes. Faites valoir vos droits. »
Sur le plan juridique, Me Jeanne-Hortense Louis rappelle que la publication et le partage de photos ou vidéos intimes sans accord constituent une violation du droit à l’image, délit puni d’un an d’emprisonnement et de 12 000 euros d’amende. « La victime pourra également solliciter des dommages et intérêts », précise l’avocate, qui recommande de demander le retrait du contenu à l’auteur ou au support de diffusion, et de déposer plainte.
Yu Meï conclut en affirmant sa volonté de continuer à travailler et à créer : « Cette histoire fait désormais partie de mon parcours, mais elle ne définira ni qui je suis, ni la femme que je suis, ni ce que je suis capable d’accomplir. »


