La climatisation n’est plus un simple confort en Guadeloupe, elle devient pour beaucoup une nécessité. Avec des températures plus difficiles à supporter et des standards de vie qui évoluent, l’équipement a fortement progressé : en 2022, plus d’une résidence principale sur deux dispose d’au moins une pièce climatisée, selon l’Insee. Une réalité quotidienne, mais aussi un problème de consommation électrique et d’impact environnemental.
Un boom en seize ans, avec de fortes inégalités selon les zones
Sur 177 900 résidences principales, 95 500 sont aujourd’hui équipées d’un climatiseur. Le taux d’équipement a doublé en seize ans, passant de 26 % en 2006 à 54 % en 2022, une hausse plus rapide qu’en Martinique et en Guyane. Les maisons individuelles sont légèrement plus concernées que le collectif, et les propriétaires sont nettement plus équipés que les locataires du parc social, avec 58 % de propriétaires disposant d’au moins une climatisation.
La géographie compte aussi. La Grande Terre affiche 57 % de logements équipés, contre 51 % en Basse Terre. Les dépendances restent en retrait : 37 % à Marie Galante, aux Saintes et à La Désirade. Certaines communes dépassent largement la moyenne, comme Saint François, Le Gosier ou Baie Mahault, où plus de 60 % des logements ont au moins une pièce climatisée, tandis que Trois Rivières se distingue à la baisse, avec des taux nettement inférieurs.
Pour de nombreux habitants, la climatisation est devenue indispensable, notamment la nuit, quand la chaleur persiste et que laisser ouvert expose aux moustiques et aux nuisibles. Les professionnels confirment une demande en hausse, portée par l’idée qu’il devient difficile de vivre sans climatisation. Dans un territoire où le vieillissement de la population est marqué, la question touche aussi la santé publique, le confort thermique pouvant devenir un enjeu de protection des plus fragiles.
Mais cette généralisation a un coût. Les climatiseurs augmentent la consommation électrique et contribuent à des pics de demande, observés en début et en fin de journée. S’ajoute un enjeu climatique direct : les gaz frigorigènes sont de puissants gaz à effet de serre, et leur diffusion massive pèse sur l’environnement. Des spécialistes alertent sur les effets en chaîne d’un climat déréglé, entre sécheresse, inondations, fragilisation des récifs coralliens et impacts sur l’agriculture.
Des leviers existent pour limiter la facture écologique : relever la consigne d’un degré peut réduire la consommation de 10 %, associer brasseur d’air et climatisation améliore la sensation de fraîcheur et permet de moins solliciter la machine, et privilégier des équipements performants réduit l’impact. Mais le premier chantier reste souvent le plus simple et le plus efficace : isoler correctement le logement. La climatisation peut améliorer la vie, à condition de ne pas devenir une fuite en avant énergétique.




