Plus de sept ans après la mort de six touristes dans l’incendie d’une location saisonnière à Saint-François, en Guadeloupe, un homme et une femme comparaîtront à partir de mardi devant le tribunal correctionnel de Pointe-à-Pitre pour homicides involontaires. Un procès attendu, à la mesure de l’émotion durable suscitée par ce drame.

Les faits remontent à la nuit du 30 au 31 octobre 2018. Un incendie s’était déclaré dans un hébergement touristique de l’est de la Grande-Terre, piégeant deux couples et leurs enfants venus du Gard. Les quatre adultes, âgés de 39 à 58 ans, ainsi que deux adolescents de 12 et 16 ans, avaient trouvé la mort par asphyxie. L’alerte avait été donnée par un occupant d’un autre logement de la résidence, sans que les secours ne puissent empêcher l’issue fatale.

Une instruction longue et des responsabilités en débat

Dans un premier temps, les investigations avaient évoqué un barbecue mal éteint. Cette hypothèse a ensuite été écartée par une expertise judiciaire, qui a privilégié une origine du feu distincte de la terrasse et évoqué l’intervention possible d’un tiers. Une information judiciaire contre X pour homicide involontaire avait alors été ouverte.

Les deux prévenus, aujourd’hui âgés de 35 et 36 ans, sont les propriétaires du logement sinistré. Ils sont poursuivis pour homicides involontaires par violation manifestement délibérée d’une obligation de sécurité ou de prudence, ainsi que pour destruction involontaire du bien d’autrui par incendie. Le procès devra notamment se pencher sur la présence et le fonctionnement des dispositifs d’alerte incendie, un point central du dossier. Une troisième personne, un temps mise en examen, a finalement bénéficié d’un non-lieu.

Après plusieurs années d’enquête et de nombreuses expertises, le parquet avait requis un non-lieu général, estimant que l’origine exacte du feu ne pouvait être déterminée avec certitude. Saisie par les familles des victimes, la chambre de l’instruction a toutefois infirmé cette position et ordonné, le 26 juin 2025, le renvoi de l’affaire devant le tribunal correctionnel.

Trente parties civiles se sont constituées dans ce dossier emblématique, qui interroge à la fois les exigences de sécurité dans les locations touristiques et la capacité de la justice à établir les responsabilités dans des affaires complexes. Ce procès, très suivi en Guadeloupe, rappelle que l’État de droit repose sur le temps long de la justice, mais aussi sur l’exigence de vérité et de rigueur lorsqu’il s’agit de vies humaines.

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