Les éleveurs de Guadeloupe tirent la sonnette d’alarme face à la multiplication des vols de bovins et des attaques de chiens. Un phénomène diffus, difficile à chiffrer, mais dont les conséquences sont bien réelles : pertes économiques lourdes, découragement des professionnels et affaiblissement d’une filière déjà fragilisée, alors que la viande importée représente désormais les trois quarts de la consommation locale.

Dans les hauteurs de Petit Bourg, Thibault Madji Ankermaraine, éleveur et boucher, vit dans l’angoisse permanente. Sept de ses vaches ont récemment disparu. Une autre a été retrouvée après des recherches longues et coûteuses, les boucles d’identification ayant été arrachées. Désormais, il garde le silence sur l’emplacement de ses bêtes et déplore l’absence de soutien concret. Comme beaucoup d’éleveurs, il travaille sans relâche, sept jours sur sept, et voit ses efforts réduits à néant par des actes de délinquance qui restent trop souvent impunis.

Vols de bétail : une filière affaiblie et une réponse insuffisante

Pour le président du syndicat des éleveurs, la recrudescence des vols s’explique aussi par la raréfaction du cheptel. En quelques années, le nombre de bovins a chuté de manière spectaculaire, rendant la viande locale plus rare et donc plus convoitée. S’il n’est pas établi l’existence de réseaux organisés, le constat est sans appel : là où il y a des voleurs, il existe nécessairement des circuits de revente.

Le sentiment d’abandon est renforcé par le manque de réponses institutionnelles. De nombreux éleveurs renoncent à porter plainte, estimant que leurs démarches ne sont pas prises au sérieux. Cette banalisation des vols agricoles contribue à fragiliser une activité essentielle à la souveraineté alimentaire de l’archipel, déjà confrontée aux aléas climatiques et aux maladies animales.

Chiens divagants et responsabilité des communes

À cette insécurité s’ajoutent les attaques de chiens, souvent mortelles pour les bovins. Contrairement aux idées reçues, il ne s’agit pas uniquement de chiens errants, mais bien souvent de chiens divaguant, appartenant à des propriétaires identifiables. Les animaux tuent sans se nourrir, laissant derrière eux des pertes sèches pour les éleveurs.

Le syndicat des éleveurs appelle à une application stricte des règles existantes. L’identification des chiens, la responsabilité civile des propriétaires et le rôle central des communes dans la gestion de ces animaux sont clairement posés. Sans fermeté des autorités locales et sans sanctions effectives, ces attaques continueront de ruiner des exploitations déjà vulnérables.

En 2024, le cheptel bovin guadeloupéen a encore reculé, tandis que la production locale diminuait au profit des importations. Si rien n’est fait pour rétablir l’ordre, protéger les exploitations et soutenir les éleveurs, c’est toute une filière qui risque de disparaître. La défense de l’agriculture locale passe par la sécurité, le respect du droit de propriété et une action résolue des pouvoirs publics, seuls garants de la pérennité économique et alimentaire du territoire.

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