Voilà une affaire qui tombe comme un grain sur le tarmac : Rodolphe Alexandre, ancien président de la Collectivité territoriale de Guyane (CTG), se retrouve dans le viseur du Parquet national financier. En ligne de mire : l’attribution d’une délégation de service public (DSP) pour les liaisons aériennes intérieures, un sujet tout sauf secondaire dans un territoire où certains villages de l’intérieur amazonien vivent encore au rythme de l’avion, faute de routes praticables et malgré des fleuves capricieux. Quand l’État et les collectivités parlent « continuité territoriale », les habitants, eux, parlent d’école, de santé, de courses, de vie normale, bref, de France au quotidien, jusqu’au bout de la piste.
Le PNF envisagerait des poursuites pour « favoritisme » ou « recel », visant Rodolphe Alexandre et un ancien cadre de la collectivité, Laurent L. Le dossier cite aussi Robert Picard, dirigeant d’un cabinet de conseil, et deux responsables de la Compagnie aérienne interrégionale express (Caire), dont son directeur général Christian Marchand. Le tableau dressé par le quotidien est lourd : plusieurs années d’investigations, des soupçons de corruption, et un arrière-goût d’échec financier. On ne parle pas d’une peccadille, mais d’un marché public stratégique, là où l’argent public doit servir la République, pas des arrangements entre initiés.
10 millions par an, et l’ombre du « favoritisme »
Retour en décembre 2020 : la CTG lance la procédure pour structurer ces liaisons, avec un appel d’offres en deux lots (ouest et est du territoire) et une promesse budgétaire qui fait tourner les têtes, 10 millions d’euros par an, dont 8,5 millions financés par la CTG. Trois sociétés candidates, une mécanique censée être huilée, contrôlée, carrée. Et au final ? Les deux lots attribués à Air Guyane, filiale de Caire basée aux Antilles. Dans les Outre-mer, on connaît ce refrain : l’argent public arrive, les promesses pleuvent, puis la suspicion s’installe et la confiance s’évapore.
Aujourd’hui, l’enquête se concentre sur les conditions de passation et le rôle de chacun dans la décision. Le PNF, lui, ne communique pas sur la suite procédurale, silence habituel, mais silence qui pèse. Une chose frappe : pendant que certains jouent avec les procédures, ce sont les Guyanais de l’intérieur qui comptent les rotations, attendent des billets accessibles, et espèrent une desserte fiable, durable, républicaine. À l’heure où la gauche adore donner des leçons de « morale publique » tout en tolérant trop souvent les petites cuisines locales quand elles servent ses réseaux, la vraie question, la seule qui vaille, tient en une phrase : qui va remettre de l’ordre, protéger l’intérêt général, et garantir que la continuité territoriale ne devienne jamais une continuité des passe-droits ?




