Plus d’un mois après une affaire sensible ayant agité l’ouest guyanais, deux enfants retirés de leur famille à Papaïchton ont été reconduits jeudi 15 janvier à la gendarmerie par le chef coutumier du village. Si la justice a confirmé la mesure de placement, la décision de transférer les mineurs sur le littoral suscite une vive opposition locale et met en lumière une fracture persistante entre l’État et les structures coutumières.

Les deux enfants, une fillette de 11 ans et son frère de 13 ans, avaient été retirés de leur domicile le 12 décembre 2025 à la suite d’une ordonnance de placement provisoire délivrée par le parquet de Cayenne. Cette décision faisait suite à un signalement médical évoquant des violences graves, des privations alimentaires et des négligences. Pris en charge par les gendarmes, les mineurs devaient être confiés à une famille d’accueil à Maripasoula, mais avaient fugué dès leur arrivée, déclenchant recherches et interrogations.

Après plusieurs semaines d’incertitude, leur localisation a été confirmée. Les enfants se trouvaient au Suriname, chez leur père, avant d’être ramenés en Guyane par Chimili Boussoussa, chef coutumier de Papaïchton, à la demande de la procureure. Confiés à nouveau à l’Aide sociale à l’enfance, leur placement a été confirmé pour six mois par le juge des enfants.

Un transport initial vivement contesté

L’affaire avait suscité une émotion particulière en raison des conditions du premier transfert. Les enfants avaient été transportés de nuit sur la piste reliant Papaïchton à Maripasoula, dans un véhicule surchargé, alors que les conditions météorologiques étaient défavorables. Des témoignages faisaient état d’un manque de places assises et d’un conducteur dont la situation administrative aurait été irrégulière.

Ces éléments avaient provoqué de nombreuses réactions politiques, certains responsables mettant en cause l’organisation du dispositif, sans toutefois remettre en question le fondement judiciaire de la mesure de protection. Le parquet, de son côté, a rappelé qu’une enquête avait été ouverte à la fois pour disparition inquiétante puis pour soustraction de mineurs, ainsi qu’une procédure pénale pour violences habituelles sur mineurs.

Le désaccord frontal du chef coutumier

Si les enfants sont désormais en sécurité, le choix de les placer dans une famille d’accueil de l’Île de Cayenne, à Matoury, est très mal vécu à Papaïchton. Chimili Boussoussa affirme que des assurances lui avaient été données quant au maintien des mineurs sur place. Il estime aujourd’hui que la parole donnée n’a pas été respectée et dénonce une décision prise sans concertation avec les autorités traditionnelles.

Au-delà de ce cas précis, le chef coutumier évoque une perte de confiance profonde entre les institutions publiques et les communautés locales, notamment sur des territoires isolés où le rôle coutumier demeure central dans l’équilibre social. Une réunion avec l’ensemble des capitaines de la commune est annoncée afin de déterminer la suite à donner.

Pour autant, cette affaire rappelle une réalité incontournable : en République française, la protection de l’enfance relève de l’autorité judiciaire et de l’État. Si le dialogue avec les autorités coutumières est nécessaire et souhaitable, il ne peut se substituer aux décisions de justice lorsque l’intégrité physique et morale de mineurs est en jeu. Dans un territoire confronté à de lourds défis sociaux, seule une action ferme, structurée et respectueuse de l’État de droit permet de garantir la protection des plus vulnérables.

Privacy Preference Center